Au moment où je ne m'y attendais le moins, je trébuchai dans des cailloux et je tombai sur le sol en exécutant des roulades sur les flancs.
Je restai allongée sur les graviers pendant quelques minutes, repérant les endroits de mon corps où la douleur était présente, c'est-à-dire les mains, les genoux, le dos et le ventre. Je pris mon courage à deux mains et me relevai. Je m'aperçus que mon slim et mon tee-shirt étaient ensanglantés à cause de mes égratignures. Je continuais ma route, non sans difficulté et je me réjouis lorsque je vis le portail de ma maison.
C'est alors que j'entendis des cris incompréhensibles venants de derrière moi. Je me retournai et vis des folles furieuses courir à toute allure. Il valait mieux que je reprenne de la vitesse si je ne voulais pas me faire piétiner. Je forçai sur mes jambes douloureuses pour accélérer. Les hurlements étaient de plus en plus proches mais heureusement, je pris enfin le virage et arrivai dans la cour. Les filles passèrent devant le portail et il me semblaient qu'elles se soient arrêtées en face de la maison des Kaulitz.
Je poussai la porte d'entrée, la refermai et me laissai glisser contre. Mon pouls était rapide et mon sang battait dans mes tempes. Je tournai ma lourde tête et aperçus Bill et Tom en train de jouer aux jeux vidéos. Ils se stoppèrent lorsqu'ils me virent assise par terre. Bill affichait un sourire moqueur tandis que Tom se précipitai vers moi.
- Appelle Thomas, s'il te plait, dis-je en un seul souffle.
- Il est au téléphone avec son patron et il nous a demandé de ne pas le déranger car ça semblait être important.
« Et moi, je ne suis pas importante ?! » J'avais vraiment besoin de son aide.
- Viens, je vais te soigner.
- Non, raillai-je.
- Je ne vois pas pourquoi tu t'emmerdes à vouloir la soigner.
Tom se retourna et fusilla son frère du regard.
- Je ne vais pas la laisser comme ça, elle saigne en plus ! O.K, elle ne nous aime pas mais calme-toi. Je fais ce que je veux.
C'était la première fois que je les voyais se disputer. Cela devait être rare car ils s'entendaient si bien...
- Tss...
Tom me retira mes rollers avec délicatesse et les posa contre le mur.
- Accroche-toi à mon cou.
Je mordis mon piercing, signe d'hésitation. Mais je n'avais pas vraiment le choix, je ne pouvais pas monter les escaliers toute seule dans un état pareil. Je passai alors mes bras autour de son cou. Il se leva et je suivis donc le mouvement. Il mit ses mains sous mes fesses pour me tenir comme il faut.
- Tu peux m'enrouler avec tes jambes ?
- Non, désolée, je ne peux pas les plier, ça fait mal.
- Pas grave, dit-il en haussant les épaules.
Il se dirigea vers les escaliers d'une démarche assurée. Il semblait contrôler la situation.
- Fais gaffe en grimpant.
- Et toi fais-moi confiance.
Pff, quel con ! Il savait très bien que je n'avais pas confiance en lui. Il serait capable de me lâcher au milieu des marches.
Et pourtant, il resta stable et il ne sembla pas se plaindre de mon poids ou de quoique ce soit. Il ouvrit la porte de ma chambre avec son coude et il me transporta dans la salle de bain. Il me déposa sur le rebord de la baignoire.
- Tu as mal où ?
- Au dos, aux mains, aux genoux et au ventre aussi, répondis-je.
Il prit de la pommade, du coton et du désinfectant dans mon armoire à pharmacie. Il saisit ma paume et nettoya mes égratignures avec du coton imbibé. Cela ma fit de petits picotement même si Tom s'y prenait bien.
Il remonta mon pantalon et je pus constater qu'il était troué et qu'un hématome s'était ajouté au sang. Il effectua la même opération que pour mes paumes.
- Au fait, comment tu as fait pour te blesser ?
- Je suis allée trop vite dans une descente, j'ai trébuché dans je ne sais trop quoi et je me suis
ramassée. Et pour corser le tout, des hystériques m'ont couru après.
Il m'étala de la crème et me massa doucement. Il semblait très concentré dans ses gestes et il évitait de trop appuyer sur mes bleus.
- Enlève ton tee-shirt.
« Quoi ?! Il a vu la vierge ? Non, je ne laisserai pas mon corps entre les mains de ce pervers »
- Non, dis-je sèchement.
- Je ne te toucherai pas, je te le promets.
J'hésitai pendant de longues secondes. Mes yeux étaient plongés dans les siens, essayant de décréter si il mentait ou non. Le regard ne trompait pas et, à ma plus grande surprise, Tom était sérieux.
Je retirai mon haut, très lentement pour ne pas m'abîmer encore plus que je ne l'étais déjà, et je le posai dans la baignoire.
- Tu peux te mettre debout ? me demanda-t-il.
- Euh... oui, je pense.
Je pris appui sur l'épaule de Tom et je me levai. Mes jambes étaient raides et ce mouvement fut tout de même douloureux. Tom commença par me soigner le dos. Ses gestes étaient aussi doux que la caresse d'une plume et je ne sentis aucune douleur.
Puis il se mit en face de moi et posa le coton imprégné sur ma peau écorchée. Je serrais les dents et fermais les yeux avec force. Ces blessures me faisaient mal, pourtant Tom appliquait toujours le produit avec une extrême douceur.
Il se remit à ma hauteur et ouvrit grand les yeux.
- Tu n'as pas mal à la tête ? s'enquit-il.
- Non, pourquoi ?
- Tu as une sacrée bosse sur le front !
Je fis parcourir mes doigts froids sur l'endroit indiqué et...
- Ouille !
Il rit en voyant ma tête et il me porta comme une princesse sans que je ne m'y attende. Il me reposa sur mon lit. Je n'étais même pas frustrée, cela m'avait plutôt amusé.
- Je vais chercher de la glace.
- Tu n'es pas obligé, Tom, murmurai-je calmement.
- Je ne vais pas te laisser crever quand même !
Et il sortit de la pièce. Comme si j'allais mourir d'une horrible bosse sur la tête ! N'importe quoi. N'empêche qu'il avait été très attentionné ce qui m'avait étonné. Y aurait-il un bon fond en Tom ? Je restais perplexe.
Il revint avec une poche de glace sur la tête et me la posa sur le front.
- Merci, dis-je sincèrement.
- De rien.
Le coin de ses lèvres s'étira et il s'assit sur mon lit.
- J'espère que Bill ne te fait pas la gueule à cause de moi.
- Non, il ne peut pas se passer de moi, de toute façon !
Malgré moi, je les enviais. Ce lien qui les unit est tellement solide. J'aimerai savoir ce que ça fait d'aimer quelqu'un aussi fortement, je voudrais y goûter. Avoir une moitié que l'on veut sans cesse protéger, rendre heureux. Je pense qu'aimer un amant n'est pas pareil que d'aimer un frère. L'amour fraternel est pour moi beaucoup plus éternel.
- Dis-moi, je peux voir les photos que tu as montrées à Bill ?
- Oui, elles sont dans mon placard, dans une boîte à chaussures, lui indiquais-je.
Il se leva et prit les images à l'endroit convenu. Il se rassit et les feuilleta avec un sourire que je ne connaissais pas. Il semblait ému de se revoir en plus jeune.
- Tes cheveux étaient... rougeoyants ! On avait quel âge à cette époque ? Quinze ans ?
- Oui, acquiesçai-je, et moi quatorze.
- Des fois, j'aimerai bien retourner dans ce temps. Ça me manque un peu, avoua-t-il.
Oui, moi aussi ça me manquait. Ce temps où quand je les voyais, mon c½ur cognait fort contre ma poitrine. Où leur musique me transportait au-delà de tout. Où leur sourire était vrai. Où ils n'avaient aucune prétention et où ils n'étaient pas sûr de leur succès. Ce temps où ils étaient ma drogue et où ils me poussaient à avancer, à vivre par des paroles envoûtantes. Cette période où Bill me plaisait...
Pourquoi avaient-ils changés ? Prit la grosse tête ?
- Tom ?
- Hum ?
- Désolée de te déranger mais... tu pourrais me rendre mon tee-shirt ?
J'étais certaine que mes joues rosissaient. Comment avais-je fait pour oublier que j'étais en soutien-gorge ? Peut-être parce que Tom ne m'avait pas reluqué intensément ?
- Oups, désolé, s'excusa-t-il, légèrement gêné, j'ai zappé.
Il se mit debout et alla chercher mon haut et, par la même occasion, il reposa la boîte à sa place. Je renfilai mon tee-shirt puis je proposai à Tom qu'on redescende. J'enlevai ma poche de glace et il m'aida à me mettre sur pieds.
- Ah oui..., me souvins-je, j'ai oublié de te dire que les folles qui m'ont pourchasser se sont arrêtées chez toi il me semble.
Il poussa un juron et me tira par la main. Je protestai en lui disant qu'il me faisait mal alors il s'excusa et ralentit, sans pour autant me lâcher. Je soupirai intérieurement en songeant que Tom pensait vraiment que j'avais quatre ans. Mais bon, je mettais ce geste sur le compte du réflexe ou de la précipitation.
Pendant notre descente, il resta patient face à me lenteur et accepta mon rythme en le suivant. A notre arrivée, Bill nous lança des regards noirs. Il avait les bras croisés sur le torse, assit sur le canapé.
- Arrête de faire la gueule à Tom, t'es pas beau quand tu boudes, lui lançai-je pour le détendre.
Il me fixa et je soutins son regard. Le sien projetait des éclairs tandis que le mien restait neutre. Tom se racla la gorge et nous nous retournâmes vers lui.
A ce moment, Thomas arriva et me serra dans ses bras. Je poussai un léger cri de douleur et il se recula.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'affola-t-il.
- Je suis tombée en rollers puis des folles furieuses m'ont couru après. Tom m'a soigné vu que tu n'étais pas disponible.
- Je suis désolé, dit-il en embrassant ma joue.
Je baissai une énième fois la tête en soupirant à cause de mes rougissements. Personne ne rit cette fois-ci, ce qui me réconforta car j'en avais assez que mes pommettes s'enflamment.
- On a un problème, Bill, reprit Tom, les hystériques dont parle Aya se sont arrêtées devant notre maison.
- Merde, des groupies, réagit-il, laissant disparaître sa ranc½ur.
- Vous pouvez rester ici si vous voulez, proposa Thomas.
- D'accord, merci Thomas.
Il aurait dû les laisser se faire piétiner par ces folles au lieu de les héberger. Mais bon, c'était ses amis après tout...
- De rien, c'est pour te remercier d'avoir soigné ma s½ur.
Ouais, c'est vrai qu'il le méritait... Je pense que je ne l'aurais pas fait pour lui. A moins qu'il avait été en train de mourir.
- Tu veux que je t'emmène en cours demain, Aya ?
- Oui, mais sois à l'heure.
- Je mettrais mon réveil si ça peut te rassurer.
- Merci, mais dis-moi, il te voulait quoi ton patron ?
- Il m'a dit que je commençai dans un mois et il m'a rappelé quelques points du contrat, me renseigna-t-il.
- O.K.
Je m'assis sur le canapé, le plus loin possible de Bill. Tom et Thomas se placèrent entre nous deux, puis les trois garçons commencèrent à parler de voiture, comparant ma Mercedes par rapport à la Porsche de Thomas et à la Cadillac de Tom. Je n'essayai pas de comprendre leurs termes, je pensai plutôt à beaucoup de choses, par exemple, dans quel endroit du monde se trouvaient mes parents. S'ils étaient proches de l'Allemagne ou à l'autre bout du monde. Puis pleins de sujets tellement futiles que je les oubliais à la seconde où ma voix interne les prononçait.
Vendredi 12 octobre, sept heures quarante-cinq.
Pensées de Thomas.
Cela faisait cinq minutes que nous venions de quitter la maison, et déjà, un silence pesant régnait dans l'habitacle de ma voiture. Je savais qu'Aya ne trouvait pas utile de la combler mais pour moi qui parlait beaucoup cela me stressait. Elle fixait la voiture de devant et semblait seulement entendre ses pensées, excluant le bruit du moteur et des voitures sur la voie opposée. J'aimerai tellement savoir à quoi elle songeait. Aya était une jeune femme très mystérieuse et qui savait cacher ses émotions. Mais parfois, elle explosait et laissait tout sortir. Habituellement, quand les gens faisaient cela, ils se sentaient mieux après, mais chez Aya, le contraire se produisait.
Dix minutes plus tard, nous arrivâmes à son école. Je sortis de l'habitacle, contournai la voiture et aidai Aya à descendre. Ses blessures la faisaient encore souffrir, elle avait d'ailleurs passé la nuit à prendre des anti-douleurs, si mon oreille avait été bonne. Elle me remercia, m'embrassa le bout du nez et partit en direction du portail.
Pensées d'Aya.
Quatorze heures trente, Gymnase. Cours de volley-ball.
Je regardai les gouttes d'eau s'écraser sur les immenses vitres du gymnase. Le temps était toujours aussi sombre que ce matin et cela me rendait les paupières lourdes. Madame Willem nous donnait les règles du jeu mais à vrai dire, ses paroles ne formaient qu'un bruit de fond, une sorte de bourdonnement sourd. Mes doigts tripotaient mes lacets et je fredonnais dans ma tête une mélodie inconnue. Puis un coup de sifflet strident me fit sursauter et je vis les élèves se lever et se diriger vers les caisses contenant les dossards. Je me mis debout avec la lenteur d'un escargot et pris un maillot rose, telle était la couleur de mon équipe. Je fis la moue en voyant cette teinte mais surtout à cause de l'odeur de transpiration. Je l'enfilai et, bien sûr, il était trois fois trop large.
Le match débuta et par chance la prof m'avait placé au fond. Mais bon, j'essayais toujours d'éviter les ballons qui arrivaient droit sur moi. Je n'avais aucune envie de jouer cet après-midi avec mes égratignures, tant pis si les autres m'en veulent pour n'avoir rien fait pour gagner.
Puis Madame Willem me fit passer devant après la mi-temps. Mon Dieu, je me demandais quelle mouche l'avait piqué. Je pris sur moi et décidai de faire un effort. Elle siffla le recommencement. Mon équipe fit le service, envoya la balle dans le camp adverse et un mec aux muscles saillants la renvoya dans ma direction. Je pliai les jambes pour prendre de l'impulsion et je m'élançai dans les airs. J'avais l'impression de voler, d'avoir des ailes. Je levai le bras et tapai de toutes mes forces dans le ballon qui atterrit sur le sol. Je redescendis très rapidement et mes genoux cognèrent par terre. Je poussai un cri et m'allongeai sur le flanc, repliant mes jambes pour les mettre contre mon corps. Je fermai les yeux et serrai les dents puis la prof accourut à mes côtés. Elle m'aida à me relever et m'accompagna jusqu'au banc de touche. Elle me fit avaler quelques billes homéopathiques et je ne sentis bientôt plus rien.
Quinze heures.
Je quittai enfin le gymnase et entamai le chemin qui le rejoignait à l'établissement principal. La pluie était toujours abondante et je m'en protégeais grâce à ma capuche. Les autres élèves de ma classe m'avaient devancé, ce qui semblait normal en voyant ma lenteur. Mes hématomes ne me faisaient pas trop mal mais ils m'empêchaient tout de même de marcher à une vitesse moyenne. Je distinguai au bout de l'allée le fameux portail que j'avais tant envie de dépasser... Puis tout s'enchaîna très vite.
Je fus brutalement plaquée contre le mur le plus proche et mon c½ur commença à s'enflammer. Des lèvres inconnues s'écrasèrent sur les miennes tandis que mes yeux grands ouverts essayaient d'apercevoir le visage de cette personne. Mais j'étais tellement près que je ne pus rien voir, à part que c'était un homme. Il colla son corps un peu plus à moi et réussit à passer sa langue dans ma bouche. Il retenait mes mains avec les siennes. Il s'attaqua à mon décolleté et le lécha. J'étais totalement pétrifiée et ne réagissais pas. « Bouge, Aya. Défends-toi . » Je me motivais moi-même et je repris un peu d'assurance. Je levai mon genou et l'envoyai dans les parties intimes de l'anonyme. Il lâcha alors mes poignets et je pus le repousser pendant quelques instants. Il se rapprocha malgré sa douleur mais cette fois-ci, mon poing partit sur sa joue. Je constatai que ma respiration était plus que saccadée et j'avais mis tellement de force dans mon coup que je ressentais moi-même un engourdissement. Je repris mes esprits et vis que l'homme que je ne connaissais pas saignait à l'endroit où je l'avais frappé. Ma bague était la cause de ce liquide rouge.
- Mademoiselle Aya Wieskötter ! Dans mon bureau ! Tout de suite !
Je tournai ma tête et aperçus le directeur. J'étais dans la merde. Il avait sûrement suivis la scène. Il prit son portable et appela les pompiers. C'était si grave que ça ?
Pensées de Tom.
Les groupies étaient enfin parties et je me retrouvais seul chez moi. Bill et Thomas avaient décidé de s'acheter des vêtements – comme s'ils n'en avaient pas assez –, un de leurs passe-temps favoris.
Ce jour-là, nous n'étions pas allés en cours et nous avions pris la décision de ne plus nous y rendre, peu importait l'avis de David. Pour nous, l'école rimait avec ennui, avertissements disciplinaires, prises de tête. Tout le contraire de la musique.
Je sentis mon portable vibrer, je le saisis et l'apportai à mon oreille après avoir décroché.
- Oui ?
- Salut, c'est Thomas. On est dans les embouteillages avec Bill et je ne serai sûrement pas à l'heure pour chercher Aya. Tu pourrais la récupérer ?
- Oui, acceptai-je, pas de problème.
- Tu seras peut-être en retard mais pas autant que nous. Elle termine à quinze heures, me renseigna-t-il. Merci, Tom.
- O.K, de rien.
Je raccrochai et pris immédiatement mes clefs. Je me rendis au garage, démarrai la voiture et sortis de la cour. J'entamai la route à toute allure et m'éclatai beaucoup. J'augmentai le volume du lecteur CD et bougeai la tête au rythme de cette musique. Je grillai plusieurs feux rouges, faisant gueuler les autres conducteurs, tout ça pour un peu d'adrénaline.
A quinze heures treize, j'arrivai enfin à mon ancienne école. Le parking était vide de monde et je m'arrêtai juste devant la grille. Aya n'était pas ici et cela me paraissait étrange. Je m'installai un peu plus confortablement, guettant son arrivée.
Sept minutes plus tard, je la vis. J'ouvris la fenêtre et l'interpella. Elle leva la tête et me reconnut puis elle regarda de nouveau par terre. Elle fit encore quelques pas, tira la portière puis entra dans la voiture.
- Désolée, je suis arrivé à la bourre, m'excusai-je.
- C'est pas grave, moi aussi.
Elle avait prononcé ces mots sans me regarder et avec une voix très faible et monotone. De plus, je ne m'attendais pas à cette réponse. Je pensais qu'elle allait me toiser, me parler sèchement ou ne pas me répondre du tout. J'étais surpris.
Je sortis du parking avec une allure plus lente qu'à l'aller. Aya ne parlait pas et semblait vouloir se cacher avec ses long cheveux. Je tournai légèrement le menton vers elle et vis sa posée sur sa cuisse. Elle était enflée. Bizarre. Je plissai les yeux et redirigeai mon regard en face du pare-brise. Aucun mot ne sortait de sa bouche et son silence était lourd. Je coupai le son du CD qui commençai à me taper sur le système. Aya regardait devant elle comme si la route était la chose la plus importante au monde. Non, je me trompais, elle ne la regardait. Elle s'en foutait d'ailleurs. J'aurais pu l'emmener n'importe où, elle ne s'en serait même pas rendu compte.
- Ça ne va pas ? m'inquiétai-je en tournant la tête en sa direction.
Elle releva son visage de quelques centimètres, observant toujours le chemin. Elle souffla doucement et le rideau formé par sa chevelure se dissipa.
- Non.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je.
Elle hésitait à me répondre. Bill avait raison, elle ne s'était sûrement jamais confié à quelqu'un, alors je me doutais qu'elle le fasse avec moi. Mais qui ne tente rien n'a rien, non ?
Je freinai, pris dans la file immense qui attendait que le feu passe au vert. Ce taux de circulation me permettra d'avoir plus de chance.
C'est alors que je vis une larme rouler sur sa peau. Je voulais savoir ce qu'il se passait, je n'en pouvais plus qu'elle me laisse languir comme ça. Son problème semblait grave pour qu'elle pleure.
- Je... je m'apprêtais à aller t'attendre près du portail. Je ne me doutais de rien, je n'avais rien entendu et... et il m'a poussé contre le mur. Je n'ai même pas eu le temps de crier, de réagir que sa langue était déjà dans ma bouche. Il me collait, me touchait sans gêne... Puis je lui ai donné un coup de pied où je pense mais il est revenu à l'attaque. Alors mon poing est parti dans sa gueule et ma bague lui a ouvert la joue. Et je ne sais même pas qui il était.
En effet, c'était grave. Elle aurait pu se faire... violer ! Je la comprenais à présent. Elle devait se sentir tellement mal, désorientée...
- Le principal m'a vue, reprit-elle, et je me suis fait exclure définitivement.
- ]Tu... tu n'es pas trop... choquée ?
- Non, je m'en remettrai. J'ai juste eu peur. Ça peut paraître étrange mais... je pense plus à mon diplôme... Je ne pourrais pas le passer.
Oui, étrange mais tant mieux pour elle. Heureusement qu'elle lui avait mis une droite... Je m'en serais voulu si elle n'avait pas su se défendre car, si j'était arrivé plus tôt, rien de cela n'aurait été vécu.
- Tu es obligée de l'avoir ce diplôme ?
- Non, mais disons qu'il m'ouvre plus de portes. Je crains vraiment la réaction de Thomas. Et de mes parents surtout, avoua-t-elle.
Thomas ne dira rien, je le sentais. Certes, il préfèrerait qu'elle continue ses études au lieu de ne rien faire. Mais il ne sera pas fâché.
- Tu veux que je lui en parle ? proposai-je.
- Non, mais je pense que votre présence le calmera.
- J'aurais au moins servi à quelque chose dans ta vie, plaisantai-je.
Elle rit un peu, mais pas trop car elle était tout de même tendue.
- Au fait, pourquoi Thomas n'est pas venu me chercher ?
- Il est allé faire du shopping avec Bill et il y avait des embouteillages.
- Hum... ça ne m'étonne pas trop de Thomas. Ni de Bill. Et toi, tu n'y es pas allé avec eux ?
Elle s'était retournée vers moi et j'avais pu voir son visage en entier. Elle semblait vouloir se détendre en parlant un peu. Ce n'était pas vraiment son genre.
- Non, je n'y suis pas aussi accro que Bill, répondis-je en souriant.
Je franchis le feu, tournai à gauche, sans pour autant reprendre de la vitesse. Aya s'était légèrement ouverte, au strict minimum, mais ça me convenait.
Après encore deux minutes à rouler, j'arrivai devant ma maison et la Porsche de Thomas était garée. J'avais vraiment dû conduire doucement... On descendit de la voiture et on gravit l'allée pour atteindre la porte. Je l'ouvris et nous restâmes dans l'entrée, histoire de se débarrasser de nos vestes. Aya ressemblait à un robot.
- Prête ? lui chuchotai-je à l'oreille.
Elle me regarda juste dans les yeux et se dirigea vers le canapé où étaient installés Bill et Thomas. Je restai légèrement derrière elle et dus la pousser discrètement lorsqu'elle se figea au milieu de la pièce. A cet instant, j'avais senti qu'elle aurait voulu s'enfuir à toutes jambes et ne pas être confrontée à son frère.
Elle s'assit d'un mouvement raide lorsque Thomas l'invita. Elle ouvrit légèrement la bouche mais aucun son n'en sortit. Thomas la regardait bizarrement mais il ne s'inquiéta pas plus.
- J'ai quelque chose à te dire, Thomas.
Son frère la fixa d'un air sérieux, essayant de lire en elle si ce qu'elle allait lui annoncer avait une grande importance ou non ?
- Je me suis fait virée.
Aya, la douceur incarnée. Franchement, elle aurait pu lui dire d'une autre façon... Evidemment, la réaction de Thomas ne se fit pas attendre...
- Comment ça ?! s'écria-t-il.
Ses sourcils se froncèrent et il se tint droit comme un i. Quant à Aya, son visage ne changea en rien, l'air toujours aussi grave.
- Un inconnu m'a bousculé volontairement, commença-t-elle, il m'a embrassé avec violence puis je me suis défendue en lui envoyant mon poing dans la figure. Ma bague lui a tranché la joue et le directeur a vu toute la scène...
A présent, Thomas retenait son souffle. Il n'appréciait guère la façon dont ce type avait touché sa s½ur. Je songeai soudainement à ce que moi je lui avais fait... Je l'avais embrassé, mais avec beaucoup plus de tendresse que ce monstre, mais aussi avec envie. Je n'avais rien à me reprocher car les circonstances étaient différentes : elle savait ce que j'allai commettre et ne s'en ait pas plainte parce qu'une idée courait dans sa tête. Je n'avais donc rien fait de mal.
Thomas passa sa main sur son visage puis dans sa chevelure. Geste qui voulait dire qu'il ne savait pas comment réagir ni quoi dire.
- Tu vas faire quoi pour ton diplôme ? Tu sais que c'est important.
- Oui, je sais. Mais je n'ai pas encore de solution.
Thomas alla s'asseoir à côté de sa s½ur et il lui caressa la joue. Il ne lui en voulait absolument pas. Je pense qu'il était même fier que sa petite s½ur ait su se défendre face au mec qui aurait pu la violer.
- J'en parlerai aux parents si tu veux, promit-il.
Pensées d'Aya.
Je fus enfin rassurée à la perspective que tout s'arrangeait. Je connaissait mon frère ; il saura comment parler à mes parents, contrairement à moi, il avait un don pour cela.
Ne voyant plus l'utilité de rester ici plus longtemps, je sortis de la maison des Kaulitz. Je foulais les cailloux, le regard observant mes pieds et écoutant leur bruit. Rien de très fascinant, j'en était consciente. Alors je relevai la tête et je remarquai – bien trop tard – que des flashs me mitraillaient. Les objectifs des journalistes étaient braqués sur moi et les cris de quelques filles m'étaient à présent audibles. Je me retournai d'un coup, échappant ainsi à leur curiosité et oubliant mes maux aux genoux. Je me précipitais sur la porte d'entrée et l'ouvris sans même frapper. Je courus à moitié jusqu'au salon. Les trois garçons me regardèrent avec des yeux énormes, puis Bill décrocha un sourire.
- Je t'ai manqué, c'est ça ?Hallo!
Alors, comment c'était?
Je vous est peut-être un peu déçues sur l'accident.
Je ne voulais pas faire quelque chose de trop grave...
Bill n'est pas très présent dans ce chapitre, contrairement à Tom,
Mais au prochain je pense qu'il sera là.
Vous pensez qu'il va se passer quoi au chapitre suivant?
J'attends vos opinions!
Bisous, Aya.