Prologue « Raison de détester. »²« Il y a toujours deux raisons pour faire quelque chose : une bonne raison et la vraie raison » [Dale Carnegie]

Prologue « Raison de détester. »²« Il y a toujours deux raisons pour faire quelque chose : une bonne raison et la vraie raison » [Dale Carnegie]
« Aya, dix-huit ans, belle & solitaire, s'installe chez son frère Thomas âgé de vingt ans, à Magdeburg, sans se douter que les rencontres qu'il avait fait auparavant la concerneront automatiquement. Découvrant qui sont les nouveaux amis de son frère, la haine envahit brusquement la jeune fille. Aya leur fait savoir - par des regards, des silences - la haine qu'elle leur porte, sans jamais leur avouer complètement la vraie raison. »



En espérant que cette fiction vous plaira. Je tiens à préciser que je réponds aux commentaires. Votre avis m'intéresse beaucoup. Si vous voulez être prévenue, dîtes-le moi, merci. Aya.
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# Posté le jeudi 20 novembre 2008 05:52

Modifié le jeudi 09 juillet 2009 08:15

Chapitre 1 « Mauvaise rencontre »² «Ce jour-là, j'aurais mieux fait de rester couchée..»

Jeudi 4 octobre



Je garai ma voiture dans la cour d'une demeure d'un quartier riche de Magdeburg. Devant mes yeux se dressait l'imposante maison de mon frère, Thomas. La façade était blanche d'origine mais le temps sombre du mois d'octobre la rendait dans des tons plus ternes comme le gris. La porte s'ouvrit et me laissa voir le corps plein de vie de Thomas, qui m'avait sûrement aperçue depuis l'une des nombreuses baies vitrées. Il courut dans l'allée et vint me serrer dans ses bras. Cela faisait environ un an que je ne l'avais pas vu. La dernière fois était l'année passée, le trente et un août pour son anniversaire. Nous avions fêté ses dix-neuf ans dans la petite villa au milieu des bois avec ses amis et sans nos parents bien entendu. Cette fête avait lieu tous les ans là-bas, une sorte de petite tradition. Sauf que cette année, je ne m'y étais pas rendue, sans raison valable.
Il me lâcha et recula un peu. Il n'avait pas vraiment changé, ses cheveux châtains étaient toujours mi-longs, coupés avec une frange, ses yeux verts et ses lèvres pulpeuses me souriaient comme avant. Il prit ma main et me fit tourner sur moi-même, comme dans une valse, pour mieux m'admirer ce qui m'empourpra immédiatement. Je lui souris timidement et ma gêne le fit rire.

- Tu es toujours la même, Aya ! Rentrons vite au chaud, je ne voudrais pas que tu sois malade pour ton premier jour de cours.

Il saisit mes deux énormes valises, nous marchâmes à pas lents à l'intérieur. La maison était spacieuse et lumineuse. Les meubles contemporains s'harmonisaient et la cuisine s'ouvrait sur le salon. Le canapé en cuir blanc semblait confortable.

- Ça te plait ? me demanda-t-il.

- Oui, c'est très beau.

- Allons voir ta chambre.

Je montai les escaliers derrière lui, en observant le salon de haut. Puis on longea un couloir et il poussa une porte. Il posa mes valises près du lit tandis que je faisais mes premiers pas dans la pièce. Certaines de mes affaires étaient déjà placées et un nouveau bureau pourrait me permettre de travailler. Thomas me montra la somptueuse salle de bain qui m'appartenait à présent. Elle était faite de marbre et de verre. J'étais vraiment comblée. Tout paraissait surréaliste. Thomas me laissa ranger mes affaires et prendre mes marques. Malgré le bonheur que je ressentais, une pointe de mélancolie apparut au souvenir de mon existence à Berlin. Mais ce déménagement et cette autonomie je les avais choisis moi-même et que, après tout, on n'échappe pas à son destin.

Vendredi 5 octobre, sept heures cinquante-cinq.

Je me garai sur l'immense parking de mon école. Je venais ici pour apprendre les langues et peut-être travailler dans ce domaine. Je respirai un bon coup, espérant que cette journée se passe comme je le souhaitais, c'est-à-dire que personne ne me colle, que je ne me fasse pas trop remarquer et que je ne me trompe pas de salle. Je sortis de ma voiture, mon sac sur le dos et marchai rapidement jusqu'à l'entrée principale. Avant que je ne remarque que pleins d'yeux me regardaient, je tournai à droite et arrivai au secrétariat, où une femme blonde d'une trentaine d'années me donna mon emploi du temps. La sonnerie retentit et je me dépêchai de me rendre à mon cours d'allemand. A mon plus grand étonnement je trouvai la salle sans difficulté. Le professeur nous fit entrer et, ne trouvant plus de table entièrement libre, je m'assis à côté d'une fille aux longs cheveux bruns et aux yeux chocolats.

- Bonjour, dit-elle avec entrain, je suis Amy.

Je tournai ma tête dans sa direction et lui fis un maigre sourire comparé au sien.

- Euh... bonjour, moi c'est Aya Wieskötter.

- Très joli prénom.

- Merci, répondis-je faiblement.

Je sortis un cahier et pris des notes en écoutant le cours. Je ne faisais pas attention aux quelques personnes qui se retournaient pour voir comment j'étais. Les salles étaient toutes aussi tristes les unes que les autres et la voix des enseignants m'ennuyait. Je me retrouvais souvent à côté d'Amy ou bien seule et cette dernière solution ne me déplaisait pas. Certes, Amy était très sympathique mais elle parlait beaucoup. Cela pouvait être un avantage parfois car elle entretenait la conversation à elle seule et il me suffisait de hocher la tête ou de pousser des cris d'étonnement quand il le fallait. J'espérais seulement qu'elle ne remarque pas que je ne l'écoutais pas vraiment.

Douze heures dix, à la cafétéria.

Je mangeai avec Amy et son amie Tanya. Tanya était grande, blonde aux yeux noisettes. Ses longs cheveux étaient extrêmement raides et sa peau légèrement hâlée. Elle aussi discutait beaucoup. J'avais retenu quelques informations sur elle, sans grande importance. Elle avait une petite s½ur âgée de quatorze ans, sa mère était esthéticienne et son père travaillait dans la communication. Après avoir parlé d'elle, elle me questionna. Mes joues s'enflammèrent à ce soudain intérêt pour moi.

- Pourquoi as-tu déménager ? Tu ne te plaisais pas dans cette ville ?

- Si, répondis-je, gênée, mais ma mère et mon père veulent voyager... et donc j'ai pris la décision d'habiter chez mon frère. Je ne voulais pas encombrer mes parents... et puis cela faisait un moment que je n'avais pas vu mon frère.

J'avais à présent un n½ud dans la gorge. Reparler de tout ça me donnait une étrange émotion que je ne saurais décrire.

- Tu es malheureuse maintenant ?

Cette question me dérangea. Avais-je l'air triste ? Je n'étais pas habituée à exprimer ce que je ressentais.

- Non... enfin je crois que non. Tu sais, ça fait à peine deux jours que je vis ici.

Voyant que ces question m'embêtaient, elles changèrent de sujet. Moi qui voulais avoir une certaine distance avec les autres, je m'étais trompée. En plus de leurs piaillements, la masse sonore qui remplissait l'immense réfectoire était presque assourdissante. Des rires, des bruits de couverts résonnaient dans ma tête. Contrairement aux autres salles, celle-ci était lumineuse grâce aux grandes baies vitrées. Cette lumière effaçait toute trace de tristesse et la remplaçait par de la joie.

- Hé ! Tu m'écoutes ?! s'exclama Amy.

Je chassai mes pensées de ma tête et leva cette dernière vers elle. Elle me regardait avec des sourcils légèrement froncés.

- Oui, mentis-je.

- Je disais donc, reprit-elle, les deux gars assis à la table de droite sont Bill et Tom Kaulitz, les jumeaux du groupe Tokio Hotel ! Ils sont très beaux, non ?

Je portai mon regard sur eux. L'un avait la tête recouverte d'une casquette et d'un bandeau qui laissaient apparaître des dreadlocks. Il portait un baggy et un tee-shirt tout aussi large. Il avait un piercing à la lèvre, tout comme moi d'ailleurs mais à l'opposé. L'autre, Bill d'après Tanya, était vêtu d'un slim noir semblable au mien ainsi qu'un tee-shirt moulant. Ses cheveux coiffés en pétards le rendait original et ses yeux maquillés brillaient d'un doux marron. Il portait aussi des breloques autour du cou et des poignets.

- Mouais, peut-être... Mais ils ont l'air d'être... superficiels et arrogants. Je n'aime pas trop ce genre d'attitude.

- C'est ce qui fait leur charme.

- Pourquoi sont-ils à l'école alors qu'ils sont célèbres ?

- Leur manager en a assez de leur mauvais comportement, surtout celui de Tom, précisa-t-elle les yeux pleins d'étoiles. Ils pourront en plus apprendre les langues ce qui les aideront pour les interviews. Mais les jumeaux s'en fichent un peu, ils sèchent souvent les cours.

J'hochai la tête et les observaient. Tom regardait les gens de haut quand ils déposaient leur plateau. Je remarquai qu'une jeune fille était assise à côté de lui. Elle souriait bêtement. Tom ne lui prêtait aucune attention.

- Qui est la fille avec eux ?

Tanya ricana. Elle semblait la jalouser un peu, à moins que je ne me trompais.

- C'est Anna, la petite amie hebdomadaire de Tom. Tout ce qu'il veut, c'est coucher. Si une fille est assez jolie, il la drague et ne la garde pas plus d'une semaine.

Tanya renifla avec une telle ranc½ur que je me demandais quand il avait refusé ses avances.

- On y va ? reprit Amy. Les cours débutent dans cinq minutes.

Nous nous levâmes et nous dirigeâmes vers le fond de la salle. Amy était devant moi et je fixai son dos pour être sûre de ne croiser aucun regard.

- Hé, Tom ! Mate la nouvelle !

Je me sentis rougir. Je savais que j'allai bientôt passer devant leur tablée. Leurs quatre yeux se posèrent sur moi. « Ne les regarde pas, Aya ! »

- Ha ouais ! Plutôt bien foutue ! ( je franchis la table, toujours aussi concentrée sur le pull d'Amy.) Et regarde cette démarche !

J'eus aussitôt une petite pensée pour Anna. J'étais certaine qu'elle faisait semblant de ne pas entendre les jacassements de son petit ami. Je comprenais que ça devait être gratifiant de sortir avec le gars le plus populaire de l'école ou même du pays, mais de là à supporter ses sautes d'humeurs et les compliments qu'il portait sur ses prochaines victimes, je ne tiendrais pas longtemps. Et j'espérais que je ne serais jamais sur son tableau de chasse.

***


Mon tableau de bord affichait seize heures quarante-six. J'étais enfin de retour chez moi, loin du lycée où les gens sont sans gêne.
Cet après-midi, le temps s'était écoulé à une vitesse plus qu'agaçante. Inutile de préciser à quel point j'étais heureuse lorsque je poussai la porte de la maison. Je la refermai derrière moi et me retournai face au salon. Et là, assis aux côtés de mon frère, les mêmes gars qui m'avaient reluqué au réfectoire. Je clignai les yeux deux fois de suite pour m'assurer que j'hallucinais. Mais ils étaient bien réels.

- Salut, Aya ! Approche !

Je lui obéis et avançai avec une sorte d'automatisme – mes jambes marchaient toutes seules. Elles s'arrêtèrent près du canapé.

- Je te présente Bill et Tom, nos voisins mais surtout mes amis.

J'avalai bruyamment ma salive, choquée par les mots “voisins” et “amis”.
Je les saluai d'un mouvement de tête et ils m'adressèrent un sourire que Tanya jugerait d'irrésistible. Thomas m'invita à m'asseoir et me demanda comment s'était passé ce premier jour de cours.

- Bien, les gens sont tous très sympas, mentis-je.

Et je ne savais pas mentir. Mon frère a sûrement dû s'en rendre compte. Mais je savais qu'il ne me posera aucune question, il était conscient que je ne cherchais pas et que je n'aimais pas me faire des amis.

- Tu as sûrement aperçus les jumeaux.

- Oui, je les ai entendu dans le self.

Je levai la tête et les fusillai du regard. Petite vengeance. Mais Bill ne broncha pas et son frère sourit encore plus. J'avais pensé qu'il aurait pu être embarrassé mais l'effet inverse s'était produit. C'était pire que ce que je croyais. Il fallait ajouter à la liste des défauts que je leur avais trouvé qu'ils étaient en plus très sûrs d'eux.

- Je reviens, je vais chercher à boire, dit Thomas en se levant.

Non ! Il ne fallait pas qu'il parte ! Serait-il capable de me laisser avec ces... pervers ? Malheureusement, oui. Il était trop tard, il se trouvait déjà dans la cuisine. En fait, il ne m'avait pas abandonnée complètement car la cuisine était en partie ouverte sur le salon.

- Alors, tu te plais ici ? demanda Tom.

Pourquoi tous le monde s'intéressait autant à ce que je ressentais ?

- Euh... ouais, hésitai-je, la ville est assez belle.

Je n'avais AUCUNE envie de discuter avec eux. J'étais fixée : je ne les aimais pas, je n'avais pas le droit.

- Tu vas rester longtemps ?

- Je pense que oui. Si je ne dérange pas Thomas et que les cours fonctionnent.

- Je suis sûr que tu ne dérangeras personne, me dit-il avec un regard charmeur.

Il commençait vraiment à me taper sur le système ! Et son frère avec son sourire Colgate aussi ! Ma main se serrait en un poing. O.K, je ne les appréciaient pas et leur musique non plus mais il fallait que je me calme rapidement. Heureusement, Thomas revint avec des boissons. Il passa son bras derrière ma tête et me masse l'épaule en faisant des mouvements circulaires avec son pouce. Cela me détendit beaucoup.

- Vous voulez manger là, ce soir ?

- Ouais, pourquoi pas ?! Mais ce n'est pas Bill qui cuisine !

Bill donna une tape derrière la tête de son frère. La cuisine de Bill était si horrible que ça ? Tant mieux, une idée m'était venue à l'esprit.

- Je peux cuisiner si vous voulez.

Echappatoire

- Oui, ma s½ur cuisine très bien !

Ellipse

J'étais à présent au bord du sommeil, épuisée pas la journée qui venait de s'écouler. Et j'étais encore plus fatiguée à l'idée des événements qui allaient se dérouler Dimanche.
Thomas nous avait annoncé au cours du repas qu'il avait trouvé un nouveau travail, vendeur dans un magasin Dior pour hommes. J'étais très fière bien sûr. Mais les jumeaux eurent une idée épouvantable : fêter cela. Thomas approuva et il trouva lui-même le thème de la soirée. « Chic & Blanc. » En plus de détester faire la fête et danser, je ne portais jamais de blanc et encore moins quelque chose de chic, rationnel en voyant mon style – beaucoup de noir, des touches de gris, violet ou bleu ; cheveux très raides avec un volume impressionnant et yeux maquillés de couleurs sombres – plutôt original dans cette ville. Je n'avais ABSOLUMENT pas envie de me «déguiser» devant des gens que je ne connaissais pratiquement pas.
Je sombrai.



Que pensez-vous du premier chapitre?
N'oubliez pas de me dire si vous voulez être prévenue.
Aya.
Chapitre 1 « Mauvaise rencontre »² «Ce jour-là, j'aurais mieux fait de rester couchée..»

# Posté le jeudi 20 novembre 2008 08:51

Modifié le mercredi 24 juin 2009 08:55

Chapitre 2 « Révélations »²«Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.» [ Guy de Maupassant ]

Dimanche 7 octobre, treize heures trente-deux.

- Aya, tu viens avec nous faire les magasins ? hurla mon frère d'en bas.

- Non, désolée ! répondis-je, faussement navrée.

Et je repris ma lecture.
____« J`eus l`impression d`avoir dormi très longtemps - mon corps était raide comme si, toutes ces heures, je n`avais pas bougé une seule fois. J`avais l`esprit embrumé, lent ; des songes étranges et colorés - rêves et cauchemars - tournoyaient vertigineusement dans ma tête. Vivaces. L`horrible et le merveilleux mêlés en un fouillis bizarre, balançant entre impatience et peur, les deux aspects intrinsèques de ces voyages oniriques frustrants où l`on court sans avancer...Des tas de monstres aussi, démons aux pupilles rouges d`autant plus épouvantables qu`ils étaient d`une exquise politesse. Les images étaient encore fortes, je me rappelai même les noms. Cependant, l`épisode le plus clair n`était pas celui de l`horreur, mais celui de l`ange. »Stephenie Meyer

Je fermai le livre, les yeux pleins d'étoiles. J'avais le souffle court, ce roman me transportait littéralement. Quand je le lisais, une bulle se formait et me faisait voltiger dans les airs. Mon c½ur s'emballait à chaque phrase magnifiquement prononcée. J'aimerai tellement vivre cette histoire. Rencontrer un magnifique vampire, qu'il me porte sur son dos et qu'il court à une vitesse impressionnante. Que ses yeux dorés me transpercent. Qu'il me croque la gorge et que je vive éternellement avec lui.
Mais à chaque fois où je fermais ce livre, ma bulle éclatait et me laissait retomber lamentablement sur Terre avec tous mes rêves dans un coin de ma tête.
Je me levai et descendis les escaliers d'un pas lourd. J'arrivais au salon et je me couchai sans grande grâce sur le canapé de cuir. Je fermai les paupières et voulus tomber dans l'inconscience du sommeil mais à la place, je glissai sur le carrelage froid et n'essayai même pas de me retenir. Je posai ma joue sur le carreau blanc et sa fraîcheur me rappela de la peau d'Edward par Bella dans l'ouvrage que je venais de lire. Cette coïncidence me fit sourire et je m'endormis.
C'est la main froide de Bill qui m'éveilla. Je refermai immédiatement mes yeux sur son visage. Il fallait que je reprenne mes esprits.

- Tout se passe bien, Aya ?

Je reconnus la voix de Thomas et ouvris les paupières.

- Oui, je me suis juste assoupie.

Je me levai en m'aidant du canapé. Thomas vint m'embrasser sur le front avec ses lèvres douces et sucrées. Les trois garçons étaient chargés de sacs en papier.

- Vous avez acheté quoi ?

- Tu verras à la fête !

La fête. Je l'avais presque oubliée celle-ci. Il fallait que je lui dise.

- Je pense que je n'irai pas à cette soirée.

- Ah bon, dit-il déçu. Et tu seras où ?

- Dans ma chambre.

J'aurais pu trouver mieux sur ce coup-là. Mais je venais de me réveiller et mon cerveau somnolait encore un peu.

- Aya, soupira-t-il, pour une fois qu'on a l'occasion de faire la fête ensemble.

- Oui, je sais... mais de toute façon je n'ai rien à me mettre !

Il eut un sourire malicieux. Avais-je dis quelque chose de drôle ? Je plissai les paupières.

- Tu n'avais rien.

Tom s'approcha de moi et sortit de son sac un tissu blanc. Je restais bouche bée. Je dépliai le linge.

- Mer... merci, bégayai-je.

C'était une magnifique robe en soie qui laissait découvrir ma chute de reins et avec de fines bretelles. Elle devrait m'arriver au-dessus des genoux. Je n'aimais pas spécialement les robes mais celle-ci était l'exception.

- Mais... je ne vais pas y aller pieds nus ?

Thomas fit un signe négatif de la tête et me tendit des derbys blanches. J'eus le vertige en m'imaginant sur ces hauts talons.

- Merci beaucoup mais c'est trop... je ne vais porter ça qu'une seule fois sûrement.

- Mais non ! Tu mettras ça pour... pour mon mariage.

- J'avais raison !

Il me poussa gentiment sur le canapé et m'ébouriffa les cheveux. Je posai mes mains sur son torse et le repoussai de toutes mes forces, le sourire toujours pendu aux lèvres. Il se retira de lui-même et me laissa respirer.

- Et maintenant, va essayer !

- Non, je profite du confort d'un slim et des converses !

- T'es bien comme Bill, toi hein ! plaisanta-t-il.

Hum ! Merci du compliment. O.K, on a le même style mais pas du tout le même état d'esprit.
Je regardai Bill un instant et le vis lever les yeux au ciel et secouer la tête avec un léger éclat de sourire.

- Pourquoi tu dis ça ?! dis-je me tournant vers l'intéressé.

- Parce que Bill ne quitte jamais ses slims, à part pour se changer ou dormir. Et il nous fait tout un cinéma quand il faut s'habiller plus classe.

« Ça nous fait un unique point commun, pensai-je »

- Hé, chacun son style ! Toi c'est... « Jonas Brothers », Tom c'est poulpe avec un hameçon façon sac à patates et moi c'est bel androgyne, ajouta-t-il avec une voix vantarde.

Bel androgyne... il n'est pas modeste ! Bon, d'accord c'est net qu'il est plutôt... beau mais quand même !

- Et Aya c'est... jolie fille habillée de noir et d'habits moulants, avec des yeux bleu océan dévastateurs et des cheveux parfaitement lisses, commenta Tom.

Le mot « moulant » dans sa bouche faisait... vulgaire. Sûrement à cause de l'étiquette de pervers que je lui ai donnée.

- Pff, fis-je avec une drôle de grimace.

- Aya n'aime pas les compliments, chuchota Thomas à l'oreille de Tom, ça la fait rougir.

Je baissai la tête. A chaque fois que l'on parlait de ma tendance à rougir, mes joues s'enflammaient.

***


Je m'observai une dernière fois dans le vaste miroir de ma chambre. Ma robe n'avait aucun faux pli, pour la première fois mes cheveux formaient des lourdes et régulières boucles, ma peau blanche se fondait avec mon linge, mes yeux étaient adoucis par une douce couleur naturelle et mes longues jambes fines s'amincissaient encore plus grâce à mes chaussures. J'étais tellement différente du quotidien que j'eus peur de donner l'impression d'être déguisée. Et contre toute attente, je me trouvais belle même ainsi. Je fis quelques pas sur le parquet pour m'habituer à marcher haute perchée et à ma plus grande surprise, ma démarche fut plus élégante que celle de tous les jours. Elle était toujours digne d'une danseuse étoile.

Pensées de Tom.

Je rejoignis Bill et Thomas dans le salon après m'être changé. Mon frère ressemblait à un ange dans ce tissu. Il avait enfilé un pantalon droit avec une chemise et une cravate mise négligemment volontairement. Quant à moi, j'étais vêtu d'un pantalon en toile – pas trop large pour une fois – et un polo en coton sans oublier la casquette et le bandeau. Nous étions tous les trois parfaits, il ne manquait plus qu'Aya.
Nous entendîmes des bruits de pas dans les escaliers et nous nous retournâmes d'un même geste. Aya descendait les marches, habillée de sa robe blanche. Le silence semblait plutôt flatteur à ce moment précis. Elle posa enfin ses talons sur le sol du salon et tourna sur elle-même. Sa chevelure formait de douces vaguelettes qui descendaient en cascade dans son dos.

- Tu es sublime, frangine ! s'exclama Thomas.

- Tout a fait d'accord !

Les invités arrivèrent et ils découvrirent la maison décorée en accord avec le thème de la soirée. Nous avions contacté un DJ et un barman qui fera des cocktails alcoolisés. La piste était déjà foulée par beaucoup de personnes. Tout le monde avait joué le jeu et le blanc dominait dans le salon. Des regards féminins remplis d'envie étaient lancés sur moi et j'avoue que ça me faisait sourire. Anna était là aussi mais je lui avais demandé de me laisser respirer. Car je ne m'intéressais qu'à une seule personne ce soir et je comptais bien passer la nuit avec...

Pensées d'Aya

Des monstres blancs envahirent le salon et gigotaient au rythme de la musique qui faisait souffrir mes pauvres oreilles. Les invités étaient des élèves de l'école. Je reconnaissais certains visages mais d'autres m'étaient totalement inconnus. Il n'y avait pas Amy et Tanya, ce qui m'arrangea. Par contre, j'aperçus Anna avec quelques unes de ses amies. Elle n'avait pas l'air bien dans son assiette. Je vis Bill et Thomas aussi qui draguaient trois filles et Tom fumait une cigarette près du bar improvisé. Quant à moi, je me trouvais assise sur une marche des escaliers et je contemplais la foule. Je n'avais aucune envie d'aller danser. Je soupirai. J'aurais mieux fait de monter me coucher. En plus, j'avais soif mais les cocktails étaient alcoolisés et je ne supportais pas l'alcool. Je pris alors mon courage à deux mains et me dirigeai dans la cuisine heureusement vide. Je me servis un verre d'eau et posai mes fesses contre le plan de travail. J'avalai l'eau et vis Tom arriver. Il faut toujours que quelqu'un vienne m'emmerder. Mais bon... il a le droit de venir dans la cuisine lui aussi.

- Tu es très jolie ce soir, dit-il d'une voix sensuelle.

- Merci. Ça me fait mal au c½ur de dire ça mais t'es pas mal non plus en blanc, avouai-je.

Il rit légèrement. J'avais conscience que je jouais un peu avec le feu en disant cela mais tant pis. Il s'approcha de plus en plus pour ne se trouver plus qu'à une dizaine de centimètres. J'étais immobile et ne savais pas quoi dire. Son sourire s'agrandit et il mit ses mains sur le plan de travail, une à ma droite et une à ma gauche. Il commença à embrasser mon cou de ses lèvres, simples baisers qui furent accentués par des coups de langue. Je fermai mes paupières de toutes mes forces. Il fallait que je me laisse faire car un plan s'était matérialisé dans ma tête de façon à ce qu'il me lâche les basques, lui et son frère.
Son souffle était fort, bruyant et me réchauffait la peau. Il caressa de son nez l'arête de ma mâchoire puis l'embrassa. Il passa sa main gauche dans le creux de mes reins dévêtus et il colla son corps au mien. Il s'attaqua à mes lèvres à présent. Il les mordillait, les léchait. Il tenta plusieurs fois de passer sa langue à travers elles mais je résistais, je ne voulais pas en arriver là.
Je me demandai comment j'allai m'y prendre, comment formuler mes phrases avec des mots simples pour
qu'il comprenne que je ne les aimais pas.

- Tu n'arriveras pas...

Ses baisers me coupaient. Je reculai mon visage autant que j'en avais la possibilité.

- ... à me foutre dans ton lit.

Sa bouche reprit immédiatement la mienne et je pus le sentir sourire. Il me regarda dans les yeux avec un air amusé.

- Douterais-tu des mes techniques de drague ?

Je fus moins rapide que lui et il fourra sa langue avec la mienne. Sa main descendis et resta sur mes fesses. Je me laissai aller une dernière fois. Son baiser était violent, rempli d'envie. Je me surpris à penser qu'il embrassait bien. Je le poussai doucement et il se détacha de mes lèvres. Je gardai mes mains sur son torse pour l'empêcher de repasser à l'assaut.

- Tu ne parviendras pas à coucher avec moi pour deux raisons. Premièrement, je te déteste, toi et ton frère et, deuxièmement je ... je préfère les filles.

- Quoi ?! tu... tu es... bégaya-t-il sous l'effet de surprise.

- Oui, lesbienne. Enfin... je crois.

Il remarqua mon hésitation et je regrettai aussitôt d'avoir rajouter ces trois maudits mots.

- Tu n'en ais pas sûre ?

- Tom, soupirai-je, je t'en ai déjà trop dit.

- Thomas n'est pas au courant ?

- Non, et j'espère qu'il ne le saura pas, dis-je avec un regard insistant.

Il acquiesça puis fut pensif pendant un très court instant. Il finit par sourire ce que je ne compris pas.

- Si tu veux tenter une nouvelle expérience, tu m'appelles hein ?!

- Mais bien sûr, Tom ! Tu me donnes ton numéro ?

Il prit un stylo qui était posé sur le plan de travail. Avait-il vraiment pris au sérieux cette moquerie ? J'étais surprise.

- N'oublie pas ma première justification, dis-je en l'écartant de mon passage.

Ainsi, je le laissai en plan dans la cuisine. Je devais sûrement être la première à le repousser. Si c'était le cas, ça a dû lui laisser un goût amer dans la bouche. Il faut un début à tout.
Je traversai les corps brûlants qui dansaient sur la piste. J'évitai de frôler les gens car je m'imaginais leur peau moite me toucher. Beurk. J'accédai enfin aux escaliers et je les grimpais sans perdre une seconde. Je n'avais qu'une unique envie : être seule dans ma chambre.
Une chose était sûre : je les haïssais vraiment. A un tel point que j'avais révélé un de mes plus grands secrets. J'avais en effet déjà eut une relation avec une fille qui s'était achevée il y a un dizaine de mois. Elle s'appelait Ketty et elle avait mon âge. Nous nous étions rencontrées pendant un voyage scolaire à Francfort. Nous partagions notre chambre ensemble. Je ne l'avais jamais remarqué auparavant. Ses cheveux blonds, toujours parfaitement raides et ses yeux chocolats m'ont plu. C'était elle qui avait fait le premier pas. Il m'avait embrassé avec une telle tendresse... Mais tout cela n'avait été qu'un jeu, un pari avec sa meilleure amie. Notre histoire avait duré trois mois, en cachette.
Depuis, je doute sur mes attirances. Je pense que cela n'était qu'une mauvaise période de mon adolescence, une sorte de caprice fait par mon c½ur. Au début, j'avais eu du mal à m'en remettre et à gérer ma rage, mais c'était passé.
Je me tournai et me mis sur le dos. Mes mains étaient posées sur mon ventre et se levaient au rythme de ma respiration. J'avais compté jusqu'à cent deux souffles quand la porte de ma chambre s'ouvrit à grand vent. Je relavai mon buste et vis Bill. Son visage était dur et il me regardait froidement. J'en conclu que Tom avait raconté l'épisode de la cuisine à son frère.

- Je veux des explications, gronda-t-il.

J'avais eu raison, il n'était pas là pour m'embrasser comme son frère jumeau l'avait fait.

- Sur quoi ? Le fait que je sois lesbienne (ou pas ?) ou que je ne vous aime pas ?

- Que tu ne nous aimes pas, imbécile.

Sa voix était grave et ses sourcils formaient une ligne droite au-dessus de ses yeux.

- C'est très long...

- J'ai tout mon temps, me coupa-t-il.

Il ne rigolait pas, c'était certain. Si j'avais été sadique, je l'aurais mis encore plus en rogne, mais ça n'en valait pas la peine ce soir-là.
Je me levai et fis coulisser la porte de mon placard mural. J'ouvris ma précieuse boite à chaussures et en sortis cinq photographies. Je les donnai à Bill qui, entre temps s'était assis sur le lit. Il les prit avec incompréhension, les feuilleta et son expression s'attendrit légèrement.

- Ce sont des photos de nous à nos débuts... Et cette jolie fille rousse, c'est toi ?

- Oui, répondis-je.

Il les regarda longuement, surtout la photo où il m'embrassait sur la joue.

- Je ne vois pas le rapport...

J'hochai la tête en m'asseyant moi aussi.

- Je suis la seule à le voir, murmurai-je doucement. Quand j'avais quatorze ans et vous quinze, j'allai souvent vous voir. Vous jouiez dans des petites salles et votre groupe s'appelait encore Devilish. Vous aviez un magnifique sourire, surtout toi Bill, d'ailleurs tu me faisais craquer.

Je risquai un regard discret vers lui. Il avait les yeux clos, les traits détendus et un léger sourire. Il ressemblait à un enfant à qui on lisait une belle histoire et qui fermait les paupières pour mieux visionner les scènes. Je tournai mes yeux au point précédent.

- Puis tout à changer... vous êtes devenus Tokio Hotel, vous vendiez beaucoup plus d'albums... Je ne retrouvais plus la même émotion dans votre musique, vos sourires me paraissaient faux, votre tête avait grossie. Certes, les paroles des chansons étaient belles mais j'avais l'impression qu'elles ne sortaient pas naturellement de ta bouche, que tu les fredonnais pour vendre, en utilisant les sentiments des fans avec des mots magiques...

J'avais une sorte de n½ud dans la gorge. Dévoiler tout ça ne me laissait pas sans émotion. Ç'avait été difficile de trouver les bons mots. J'attendais qu'il réagisse, qu'il s'énerve peut-être...

- Tu as le droit de ne pas aimer ce que l'on fait, mais je te parle de nous.

- Vous, insistai-je, vous êtes pour moi superficiels et arrogants. Quand je vous vois prendre les gens de haut à l'école je n'ai qu'une envie c'est de vous foutre une claque. Vous pensez que puisque vous êtes riches et célèbres tout est permis ? Et ben non.

Il soupira de désaccord. Il n'était visiblement pas du même avis que moi. Il devrait se regarder bien comme il le faut dans un miroir.

- Tu ne nous connais même pas, s'énerva-t-il.

- Exactement, je ne vous connais pas donc je ne suis pas obliger de vous aimer. Il fallait d'attendre à ce que quelqu'un ne t'apprécie pas, Bill.

- Oui, mais je ne me doutai pas que ce serait la s½ur d'un ami. Pourquoi n'essaierais-tu pas de nous connaître ?

Mes lèvres se tordirent sous l'effet du rire. Un rire noir bien entendu.

- Je ne veux pas apprendre à connaître quelqu'un qui a l'air gentil alors surtout pas vous.

- Pff, soupira-t-il, je te souhaite vraiment d'être seule toute ta vie.

- Merci, c'est ce que je veux.

- Tu ne mérites vraiment pas l'amour de ton frère.

- Et toi son amitié, rappliquai-je, tout de même blessée.

Il s'arrêta de riposter pendant quelques secondes. Il semblait réfléchir. L'avais-je blessé comme il me l'avait fait ? Je restai perplexe.

- En fait, ce n'est pas toi qui évites les gens, c'est eux qui ne veulent pas de toi.

J'étais à présent énervée. Mon corps bouillonnait, mes mains se serraient et se desserraient.

- Mon frère veut de moi, et maintenant sors d'ici, tu es allé trop loin.

- Je n'en serai pas aussi sûr à ta place.

- Dégage ! sifflai-je.

Il se leva avec un sourire narquois sur les lèvres, il alla vers la porte et avant de la refermer, il me sourit faussement pour me narguer.

« Je le déteste, je le déteste ! ». Je me changea et m'allongea dans mon lit. Il y avait trois possibilités qui s'offraient à moi. Soit Bill fera tout pour que je l'apprécie, chose en laquelle je ne croyais pas trop. Soit il m'ignorera ce qui m'arrangerais beaucoup car c'est ce que je comptais faire, ou soit il me pourrissait la vie jusqu'à la fin de mes jours. Mais une chose était sûre. Quelque soit son choix, son frère le suivra. Ce qui signifiait que ce sera doublement plus difficile – ou facile selon leur projet.
Puis je fermais les yeux, m'imaginant les conséquences des différents scénarios.

Lundi 8 octobre, sept heures quarante-cinq

« Thomas, si tu te lèves avant que je ne rentre (à quinze heures), nettoie la maison et va faire les courses. Merci, Aya. »

Je laissai le papier sur la table de la cuisine et traversai le salon, devenu un champ de bataille. Le sol était plus que collant et des canettes de bières le recouvraient. Je sortis de la maison et m'engouffrai dans ma voiture. Je fis tourner le moteur et partis à toute allure. J'aimais la vitesse et cette voiture m'apportait ma piqûre de bonheur. C'est avec un léger sourire aux lèvres que je franchis le portail. J'avançai progressivement avec cette démarche que les gens qualifiaient de celle d'une danseuse. Je tournai et arrivai sous le préau, où une marée humaine m'emporta peu à peu. J'en étais au c½ur. Il y avait des cris et le corps des étudiants se compressaient au mien. Ils me bousculaient, me marchaient sur les pieds... Mais je ne pouvais riposter. Ma respiration se fit haletante, mon corps était à la fois raide et mou. Nous étions serrés les uns contre les autres et ma claustrophobie ne m'aida en rien. Elle ne fit qu'aggraver les choses. Je fus contrainte de fermer les yeux et de prendre de grandes bouffées d'air. Je serrai mes dents et mes poings sur mes hanches. Tous ces mouvements étaient sûrement dû à une bagarre qui avait éclatée entre deux bandes rivales. Cela me faisait rire car on pourrait penser que, dans cette école coûteuse où j'apprenais les langues, l'ambiance était studieuse, que uniquement les gens bien la fréquentaient. Et pourtant, des jeunes se cherchaient, jouaient aux rebelles, séchaient les cours et étaient insolents.
Je rouvris les paupières et la masse commença à se disperser. Je restai immobile, attendant que mon souffle redevienne régulier. Je desserrai ma mâchoire et mes doigts puis allai jusqu'à mon premier cours : allemand.
Je n'étais pas très attentive. A vrai dire, je n'avais pas beaucoup dormi la nuit dernière. D'abord à cause de la musique. Je l'entendais malgré les murs épais. Ensuite, les cauchemars que je faisais pendant mes courts moments de sommeil : Bill et Tom en train de me noyer dans la piscine de Thomas ou me poursuivant dans la forêt. Et puis, chose à laquelle je n'aurais jamais cru, l'odeur de Bill. Il n'était resté que quelques minutes et son parfum – toxique pour moi – c'était imprégné dans les tissus. Sa fragrance m'avait donné le tournis et piqué le nez.
A présent, la question dans ma tête était : avais-je fais le bon choix en révélant mon secret aux jumeaux ? Je craignais qu'ils en parlent à Thomas. Comment réagirait-il, d'ailleurs ? Et mes parents ? Eux qui étaient à fond sur les valeurs de la famille et sur la morale. Et surtout très dépendants du regard d'autrui. Bref, j'allai en baver. Je soupirai et me rendis compte que j'avais entièrement gribouillé ma pochette cartonnée.

Douze heures dix

Je m'assis seule à une table. Amy et Tanya étaient parties à une sortie scolaire pendant cinq jours comme la plupart des élèves de dernière année. Nous n'étions que cinq dans ma classe ce matin.
Je profitai de ce moment de solitude pour finir d'écrire ma rédaction que je devais rendre en français. Je ne touchai pas à mon plateau. La nourriture ici n'était pas un régal. Je bus seulement ma limonade. Pour effacer les bruits de fond, j'allumai mon i-Pod et mis le volume au maximum.

Quinze heures dix.

Je me garai dans la cour, coupai le moteur et descendis de la voiture, tout cela très rapidement, comme pressée de rentrer chez nous. J'entrai dans la maison en espérant que Thomas ait fait le ménage. Malheureusement, rien n'avait bougé et j'en conclu qu'il dormait encore. Je posai mon sac à l'entrée et allai directement dans la cuisine me servir un thé. Mes mains étaient glacées à cause du temps frais du mois d'octobre. Je devais les réchauffer au plus vite – ça devenait inconfortable. Je mis infusé le thé, tout en remuant la cuillère dont le mouvement formait des tourbillons qui me fascinaient bêtement. Puis j'entendis des pas se rapprocher. Je ne me retournai pas, je savais que c'était Thomas – qui d'autre ? Il tira la chaise et je levai enfin la tête. Je sursautai. C'était Bill. Je croyais pourtant qu'il avait dormi chez lui, avec son frère.

- Bonjour.

Bonjour ?! Bizarre, malgré la dispute, il restai poli. Je l'ignorai et bus une gorgée de thé. Lui se servit un croissant et commença à manger. Je remarquai qu'il était juste en boxer et cela me gêna. Il aurait pu s'habiller, après tout, il n'était pas chez lui.
Je sentais qu'il me fixait intensément. Je détestais ça. J'essayais de faire comme si je n'étais pas énervée, que ça ne me faisait rien. Mais là, il dépassait les limites de ma patience.

- Quoi ?!

Je le regardai dans les yeux, avec beaucoup de noirceur. Il fit un sourire narquois.

- Intéressant...

C'est quoi son délire ?!

- De quoi tu parles ?

- C'est simple, dès que quelqu'un te fixe, tu es hors de toi.

- Oui, contrairement à toi. Toi, plus les gens te regardent, plus t'as la banane.

- Ouais, c'est vrai. Et vu que là, tu me regardes, je suis en extase !

« O.K, il faut que je me calme, il le fait exprès de toute façon. » Maintenant j'étais sûre, il avait choisit de me détester, de me pourrir la vie.
L'air était chargé d'électricité. J'avais replongé mes yeux dans ma tasse de verre et lui me regardait. A cet instant, j'avais envie de pleurer et de m'enfuir, sans savoir vraiment pourquoi. « Arrête de me regarder. Ma tasse va exploser dans l'étau que forme mes doigts. »

- Calme-toi, Aya, dit-il d'une voix moqueuse, je ne savais pas que je te faisais autant d'effet...

Et ma tasse éclata dans un énorme fracas. Il fit un bond sur sa chaise tandis que je restais immobile, le corps bouillonnant, la main en sang et les yeux pleins de larmes que j'essayais de retenir. J'avais été trahie par ce geste brusque. Je n'étais pas capable de résister à ses mots volontairement énervants. Il avait gagné et j'avais perdu cette bataille. Et j'avais cette fâcheuse habitude de pleurer lorsque je sortais de mes gonds.
Je me levai et pris des feuilles de papier absorbant que je pressai sur ma paume entaillée. J'essuyai mes quelques larmes avec mon poignet. La blessure n'était pas très profonde donc je ne souffrais pas trop. Je me retournai et vis Bill ramasser les débris de verre au sol. Une fois de plus, je ne comprenais pas. Il s'amuse à me mettre sur les nerfs et là, il m'aide en quelque sorte ?! Il faisait sûrement ça pour ne pas que Thomas se pose des questions. Ça me semblait plus rationnel.

- C'est bon... laisse, murmurai-je de ma voix incontrôlée.

Il se releva et se mit face à moi. Son visage était impassible.

- Non... je crois que c'est de ma...

- Laisse, dis-je fermement.

Il soupira en fronçant les sourcils. Il n'aimais visiblement pas qu'on lui tienne tête. Il prit son paquet de cigarettes et sortit de la maison.
Je décidai d'oublier cet épisode, de le ranger dans l'un des tiroirs de ma mémoire et de le fermer à double tour.
Pour m'occuper l'esprit, je nettoyai le salon de fond en comble. Bill était revenu et m'ignorait avec une mine boudeuse sur le canapé. Puis Tom et Thomas arrivèrent, remplis de joie à partager.



Comment trouvez-vous ce chapitre?
J'attends vos avis avec impacience!
Bisous, Aya.

Chapitre 2   « Révélations »²«Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.» [ Guy de Maupassant ]

# Posté le mercredi 07 janvier 2009 10:38

Modifié le mercredi 24 juin 2009 09:16

Chapitre 3 « Adrénaline »²« Les vengeances châtient, mais n'éliminent pas les fautes.» [ Miguel de Cervantès ]

M ardi 9 octobre, douze heures


La routine commençait à s'installer. Les jours semblaient identiques aux précédents. Lever, école, self, maison, Thomas, dîner et dormir.
J'étais au réfectoire, seule une fois de plus, sous la capuche de mon pull noir, la tête dans les bras. Je me demandais où tout cela allait me mener. Peut-être que j'aurais mieux fait de rester à Berlin, avec mes repères et la routine là-bas me paraissait plus tranquille. Mais la présence de mon frère était mieux malgré ses amis un peu spéciaux pour moi, même si j'avais la certitude de pouvoir les supporter. Je devais les supporter pour mon frère. Il serait blessé si je leur envoyais des piques à longueur de journée. Et je pense que, si l'amitié qu'ils portent à Thomas est réelle, ils m'ignoreront aussi. Mais après tout, Bill avait raison : je ne les connaissais pas.

Pensées de Bill.

Je déposai mon plateau sur la table et m'assis en face de Tom. Il semblait ravi car Anna n'était pas là. Il projetait de la plaquer à son retour. Tom trouvait souvent des excuses bidons pour leur annoncer. C'était assez comique. J'avais beaucoup de chance d'avoir un grand frère aussi drôle et joyeux que lui.

- Qui sera ta prochaine victime ? lui demandai-je.

- Je ne sais pas, attends, je vais chercher...

Mes yeux suivirent les mouvements des siens. Tom n'avait plus beaucoup de choix à présent, il avait testé les plus belles filles de l'école.

- Mary ? proposai-je.

- Non, trop gros nez.

Je pouffai de rire. Nous continuâmes de chercher ensemble. Mon regard se posa sur une fille qui avait l'air de se reposer ou de réfléchir. Je regardai un peu mieux et vis que c'était Aya.

- Aya ? dis-je en rigolant.

Il se tourna vers moi.

- Déjà essayer je te rappelle ! Dommage qu'elle aime les filles, elle embrasse plutôt bien ! Tu devrais essayer pour l'énerver.

- Non ! Je n'ai aucune envie qu'elle casse un verre une fois de plus !

C'est vrai que j'avais été choqué par ce geste. Je ne savais pas qu'elle était aussi nerveuse. C'était un jeu d'enfant de lui faire péter les plombs.

- Dommage aussi qu'elle ne nous aime pas, annonça-t-il d'une voix plus dure. Peut-être qu'on aurait pu être... amis.

- Amis ?! C'est bien toi, Tom Kaulitz alias le coureur de jupons qui a dit ça ?!

Il soupira et me lança sa serviette en papier dans la figure.

- Oui, et alors ?! Si Thomas est notre meilleur ami pourquoi sa s½ur ne pourrait pas l'être, s'expliqua-t-il calmement.

- Parce que Aya est l'opposé de son frère, rappliquai-je. Thomas est un fêtard, il aime être entouré, il parle beaucoup et il est très posé tandis que sa s½ur n'apprécie visiblement pas faire la fête, elle est plutôt solitaire, elle ne discute pas énormément et ne se confie sûrement pas à quelqu'un et c'est une boule de nerfs !

Il réfléchit pendant quelques instants en la regardant attentivement.

- Ouais, c'est vrai.

- De toute façon, j'ai fait mon choix, elle ne nous aime pas donc je ne l'aime pas. Et vu que selon elle je suis arrogant, superficiel, chieur et tout ce qui s'en suit, je vais l'emmerder à mort, la faire exploser de rage.

- T'es remonté contre elle, hein ?!

- Elle ne me laisse pas le choix, dis-je en l'observant.

D'ailleurs, elle n'avait pas bougé d'un centimètre. Je me demandai à quoi elle pensait, si elle pleurait ou si elle dormait tout simplement. Cette fille était vraiment... un mystère. J'avais l'impression qu'au fond d'elle il y avait un plaie, peut-être minuscule mais douloureuse. Je me trompai sûrement mais de toute façon elle était indéchiffrable.

Pensées de Aya

Je tentai tant bien que mal d'ouvrir la porte d'entrée mais une autre clef occupait la serrure. Cela était étrange car Thomas devait être en courses – sa voiture n'était pas là. Il y avait plusieurs solutions : soit Thomas avait laissé une clé dans la serrure et était sorti par une autre porte, soit un psychopathe, un pervers ou un violeur me guettait et attendait le bon moment pour passer à l'action. Quelque soit la solution, je devais entrer et ceci par n'importe quel moyen. Je décidai de faire le tour de la demeure pour voir si une fenêtre était restée ouverte. Le résultat fut nul derrière la maison. Je revins devant et découvris que ma chambre était entr'ouverte. Non, ce n'était pas possible, il devait y avoir erreur. Ma vitre était fermée ce matin, j'en avais la certitude. Je restai un moment devant, l'air dubitatif.
Et puis autant en profiter, oublions le pourquoi du comment.
Par chance, je savais grimper à une gouttière. A Berlin, je sautai souvent de la fenêtre de ma chambre pour aller me perdre dans l'immense jardin ou dans les parcs adjacents. Et bien sûr, après cela, il fallait remonter.
Je mis mon sac sur mes épaules et commençai mon ascension. Il était vrai que cette fenêtre était beaucoup plus haute mais je m'en sortais plutôt bien. J'arrivai au sommet et je déposai un pied sur le rebord, puis l'autre...
J'atterris sur les fesses, au milieu du parquet. Quand j'ouvris les yeux, je vis Bill allongé sur mon lit, en train de feuilleter un de mes livres. C'était donc lui, le psychopathe.

- Qu'est-ce que tu fous là ? dis-je en me relevant.

- Bah, je t'attendais !

Je posai ma main sur mon front et fermai les paupières pendant deux secondes en me disant : « Qu'est-ce qu'il peut bien faire ici ? » Je repris ma position initiale.

- Bill ?

- Hum ? dit-il en relevant la tête.

- Tu veux quoi ?

- Rien, je m'ennuyais.

« O.K, il est irrécupérable. Il a décidé de me faire chier et le pire c'est qu'il y arrive. » Il fallait que j'oublie qu'il était présent ici et que je fasse autre chose. Je vis le tas de linge que j'avais déposé sur mon bureau et entrepris de le ranger dans mon armoire. Cela m'occupa pendant une minute et trente-deux secondes si j'avais bien calculer.

- Dis-moi, tu faisais quoi ce midi ? me demanda-t-il.

Je me retournai et le regardai d'un air interrogatif.

- Je... je réfléchissais.

Il continua de faire semblant de lire. Combien de temps allais-je encore tenir ?

- Ton frère t'a encore fuit. Je t'avais prévenue, il en a marre de toi.

Ça y est, il recommençait ! Il faisait allusion à ce qu'il m'avait dit lors de notre toute première dispute.

- Il est allé faire les courses ! Avec Tom sûrement, non ?

- Oui.

- Tu dis que mon frère m'abandonne, mais toi tu fais exactement pareil avec Tom. Qui te dit qu'il ne souffre pas, là ? Mais bon, je ne vais pas le plaindre.

Il ricana à pleins poumons.

- Tom va très bien. N'oublie pas que nous sommes jumeaux...

Je ne répondis pas et m'assis sur la chaise de mon bureau. Je sortis un bouquin que je devais lire pour mes cours. J'étais certaine qu'il allait entièrement m'occuper l'esprit car il avait été rédigé en français.

- Ça ne te rend pas triste que ton frère préfère partir au lieu de rester avec toi ? reprit-il.

« Ferme-la ! » Je serrai les dents et levai les yeux au ciel en prononçant des paroles intelligibles.

- Thomas m'aime et je l'aime aussi, m'énervai-je, et pourquoi tu me demandes ça, ça t'intéresse autant ce que je ressens ?!

- Il faut bien que quelqu'un s'intéresse à toi, se moqua-t-il, même si je fais semblant.

Je me retournai et me mis debout. « Il faut que je me calme, il faut que je me calme ! » J'inspirai profondément et je détendis mes doigts.

- Pourquoi tu ne veux pas qu'on soit tes amis ? Ou même d'autres personnes, d'ailleurs ?

- Tu sais qu'elle est ma phrase préférée ? « On n'est jamais mieux servi que par soi-même. » Je ne crois pas en l'amitié.

- Mais si tu es seule, comment tu feras lorsque tu ne pourras plus tenir debout ou plus manger sans l'aide de quelqu'un ?

Il me saoulait avec toutes ces questions ! Il croyait vraiment que l'on ne pouvait pas se passer de lui.

- Je n'arriverai pas à ce stade de vie. Ça te rassure ?

- Comment peux-tu en être sûre, hein ?! Tu l'as vu dans ta boule de cristal,se moqua-t-il, bien tu as une maladie grave ? A moins que tu ne veuilles te suicider ?

Et mon c½ur se déchira en une grande plaie invisible. Il avait osé... Ma chambre disparue ainsi que Bill pour ne laisser qu'une vision que je ne connaissais que trop bien. Moi, vêtue d'une robe noire flottant au gré du vent en même temps que mes cheveux rougeoyants ; ma peau blanchâtre faisant contraste avec le tissu, mes yeux bleus noyés dans des larmes. Mon pied nu tâtant l'arête coupante de la falaise, une ultime inspiration de l'air frais et un dernier pas en avant... Puis en fin de compte, mon corps plaqué à temps contre le sol poussiéreux par les mains chaudes de mon sauveur, mon frère.
La chambre reprit forme, Bill me regardait avec des yeux indescriptibles et mon corps tremblait comme une feuille. Je clignais des paupières à cause des picotements dû aux larmes prochaines. Il fallait que je parvienne à reprendre entièrement mes esprits et que je me sauve avant que mes joues ne deviennent des torrents.

- Tu n'avais pas le droit Bill, dis-je en essayant de contrôler mes tremblements, tout ce que tu voulais sauf ça.

Ma voix avait été très faible mais il m'avait entendue. Je sortis en vitesse de la chambre et les vannes à larmes s'ouvrirent.
Je descendis les marches avec une vision floue qui aurait pu me faire trébucher, puis je m'affalai sur le canapé. Je ramenai mes genoux contre ma poitrine psychologiquement sanglante et posai mon front sur mes rotules, de façon à cacher mon visage dévasté. Je savais que s'il avait su, il ne m'aurait pas envoyer ça en pleine figure. Même si il voulait me détester, il aurait été assez intelligent pour savoir ce qu'il fallait dire ou non. Ce n'était pas de sa faute, j'en étais consciente.

Je restai comme ça pendant quelques minutes et je me levai pour retirer la clef qui avait déclenché toute l'histoire. Thomas et Tom n'allaient plus tarder et il fallait que je m'arrange physiquement. J'essuyai mes larmes et frottai mes paupières inférieures de façon à faire disparaître le noir qui devait sûrement avoir coulé.
La porte s'ouvrit d'un coup sur Tom avec de gros sacs sur les bras qui semblaient lui peser. Je lui pris une charge pour éviter la catastrophe et le suivis à la cuisine. Il les posa sur la table et s'avachit sur une chaise en soupirant de soulagement. Thomas arriva à cet instant et posa lui aussi ses sacs. Il fit semblant de s'éponger le front avec sa manche ce qui nous fit rire.

- Tu as pleuré Aya ? me dit-il soudainement.

Merde ! Je devais avoir les yeux rouges. J'avais complètement oublié ce détail. Il fallait que je trouve une échappatoire.

- Euh oui... je suis tombée dans les escaliers.

- Ça ne m'étonne même pas ! renchérit Tom.

Salaud.

- Qu'est-ce qui ne t'étonnes pas ?

Oh ! Je l'avais presque oublié celui-ci.

- Qu'Aya ait pleuré après s'être cassé la gueule dans les escaliers.

Bill se tourna automatiquement vers moi. Je pense qu'il été surpris que je n'ai pas dit la vérité.

- Ah ! O.K

Tiens donc... Soudainement, une merveilleuse idée m'était venue à l'esprit. Petite vengeance envers Tom. Je riais intérieurement. Je me dirigeai vers le frigo et je l'ouvris. Je pris la carafe d'eau qui était à moitié vide et je la remplis d'eau bien froide. Je devais maintenant prendre un simple verre sauf qu'il fallait que je passe à côté de Tom... Je fis semblant de glisser et je renversai l'eau sur mon cher ami Tom. Douche gratuite !

- Oups ! Désolée...

- P*tain, c'est FROID ! se plaignit-il.

J'étais très fière de mon coup. Thomas rigolait et Bill tentait de se retenir.

- Ça fera l'occasion de laver ton linge, Tom. Tu sais, les mauvaises odeurs elles partent pas toutes seules !

- Sal...

- TOM ! le coupa mon frère.

- Désolé. Tu permets ?!

Il interrogea Thomas du regard. Je ne compris rien du tout ; ça devait être un langage entre amis !

- Fais ce que tu veux, de toute façon j'ai pas saisi.

C'est alors que Tom me prit le poignet avec force et me tira à travers la maison pour m'emmener dehors. Je tentai à plusieurs reprises d'échapper à sa poigne mais s'était perdu d'avance. On arriva devant son portail mais il ne me laissa pas pour autant.

- Lâche-moi grand poulpe ! m'époumonai-je

Il se retourna et me regarda intensément. Il me plaqua contre le portail et approcha son visage du mien. Ce geste me rappela une scène récente mais les émotions étaient totalement différentes.

- Ça t'amuse ?! dit-il.

- Oh ! c'était juste de l'eau !

- Je sais que tu l'as fait exprès.

« Moi ?! Non ! Tu sais très bien que je t'aime trop pour te faire ça, Tom ! »

- Et pourquoi tu m'as enlevée comme ça ?! Tu veux que je t'aide à choisir tes vêtements ?! me moquai-je.

- Non, parce que je sais que d'être avec moi ça ne te fait pas plaisir alors moi ça me rend heureux.

Il se recula mais je ne bougeai pas. Je dois l'avouer, il m'avait vexée. Je savais qu'il me regardait à cet instant mais je laissai faire. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. » Cette citation était donc vraie. Mais que pour eux. Car moi je m'en foutais pas mal qu'ils soient heureux ou malheureux, je les laissai vivre leur vie, je les ignorai.

- On y va ? demanda-t-il d'une voix plus calme.

Je ne répondis pas. Il haussa alors les épaules et composa le code pour ouvrir le portail. Il commença à marcher et je le suivis, légèrement en retrait. J'avais pensé à m'échapper mais ça n'aurait servi à rien – juste à empirer les choses.

Voyant que j'étais plutôt lente, il saisit ma main et la serra doucement dans la sienne. « Tu ne te feras pas pardonné comme ça, au contraire. »

- J'ai dix-huit ans, Tom. Pas quatre.

- Je m'en fous.

Il avait le mérite d'être clair...

- Tu devrais te réjouir, j'aurais pu te prendre comme il y a un instant.

- Merci beaucoup, Tom, dis-je en battant des cils pour me moquer, je ne saurai comment te remercier.

Et je retirai ma main d'un seul coup. J'aurais voulu lui claquer la joue avec, mais il ne valait mieux pas.
Il ouvrit la porte et je rentrai avant lui. Et oui ! Tom est galant !
Je fus émerveillée par la beauté de la maison. La décoration était moderne, les murs colorés et les baies vitrées donnaient un accès direct à la verdure. J'avais envie de m'y perdre, de toucher l'herbe et de caresser la surface de l'eau qu'offrait la piscine, semblable à celle de Thomas. Je tournai la tête et vis une partie de la cuisine aux tons rouges. Mais je n'eus pas plus de temps pour tout regarder, il fallait que je suive Tom qui grimpait déjà les marches.

On traversa un long couloir avec beaucoup de portes qui devaient sans doute s'ouvrir sur des chambres d'amis. Il en poussa une et nous entrâmes dans une pièce qui était sûrement sa chambre. Et là aussi, je fus subjuguée par l'état des lieux. Les murs étaient blancs et lins. Un immense lit trônait au milieu de la pièce et des cadres avec des photos de famille et d'amis la personnalisaient. Il y avait les mêmes baies qu'en bas et une guitare sèche était posée sur son socle, près du mur. Sans oublier le magnifique parquet que j'avais peur de rayer si jamais un caillou s'était incrusté sous mes chaussures.
Il s'assit sur son lit et j'arrêtai ma contemplation pour m'adresser à lui.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

- Hum, réfléchissait-il, tu me choisis des vêtements.

Je le regardai avec de gros yeux. Se foutait-il de moi ?

- C'est une blague ou... ?

- Non, je suis sérieux.

- D'accord, mais ne te plaint pas si tu es mal habillé après, le prévins-je.

Il me désigna un rideau d'un mouvement de tête. Je le tirai et découvris un immense dressing, plus grand que le mien, et pourtant, j'en avais des choses... J'entrai et me dépêchai, ne voulant pas passer une éternité ici. Je pris un baggy très simple en me disant qu'on pourrait rentrer à deux dedans ; un immense tee-shirt blanc – décidément, tout était immense ici – avec des impressions indécodables dessus et une casquette et un bandeau assortis au tee-shirt. Je lui lançai doucement le tout et il le rattrapa. Je pris sa place tandis qu'il se déshabillait devant son miroir. Heureusement que je n'avait pas mouillé son boxer parce qu'il n'était pas pudique du tout. Il enfila ses vêtements et se tourna vers moi.

- Ça va, dis-je simplement.

- Merci.

- Mais de rien ! C'était avec plaisir ! Je peux y aller maintenant ?!

- Où ça ?!

Imbécile, pas d'autres mots. Si, comme son frère, irrécupérable.

- Bah chez moi. O.K, ça te rend heureux quand quelque chose ne me fait pas plaisir mais il ne faut pas abuser non plus.

- Aya, soupira-t-il, ça aurait pu être pire. Ne me dis pas que de voir ma maison t'a rendu malheureuse et que de m'avoir choisi des vêtements t'a torturé.

Il avait pris un air très sérieux et ses mots étaient très bien dosés.

- Bien sûr que non mais ce n'est pas dans mes habitudes de composer des tenues pour des personnes que je n'apprécis pas, désolée.

Je le saluai et sortis à toute vitesse de sa maison. Dans son allée caillouteuse, je croisai Thomas et Bill.

- Je passe la soirée chez les jumeaux, ça ne te dérange pas ?

« Non, j'ai juste l'impression que tu me fuis et je commence même à douter de Bill, si ça se trouve il a raison. »

- Non, chuchotai-je.

- D'accord, à demain.

J'hochai la tête et ils continuèrent leur chemin. J'avais pu voir, une fraction de seconde avant qu'ils ne partent, Bill me regardant avec un air qui voulait dire « désolé, j'avais raison ».

Mercredi 10 octobre, onze heures trente-sept. Après les cours.

Je m'installai sur le rebord de ma fenêtre, une cigarette au bec et mes pieds dans le vide. J'observais le grand chêne qui se dressait devant mon champ de vision. En réalité, je n'y prêtais pas grande attention.
Je songeai plutôt à mon grand frère. Ce que disait Bill me tourmentait. J'avais peur de déranger Thomas, de l'agacer et qu'il me renvoie à Berlin. Et s'il avait su que je n'aimais pas ses amis et que cela l'énervait ?
Je pensais aussi à ce que j'allais faire pendant les vacances. Si j'allais partir dans un pays étranger ou rester ici. Seule ou avec Thomas... Si je parviendrai à passer mon diplôme – l'épreuve était avant les vacances.
Et puis je vis Thomas et ses acolytes arriver. Thomas me décrocha un sourire en me voyant et ça me réconforta légèrement. J'écrasai ma cigarette contre le mur extérieur puis remis mes pieds sur le plancher de ma chambre. Je descendis les escaliers en vitesse mais mon frère était déjà arrivé. Il m'embrassa le front et ils s'assiérent sur le canapé.

- Vous avez fait quoi hier ? demandai-je.

- On a regardé des DVD. Et toi ?

« J'ai pensé à toi, si tu voulais encore de moi ou si tu préférais que je m'en aille de chez toi au plus vite. »

- Rien, me contentai-je de dire.

Il tapota sur le cuir du fauteuil pour m'inviter à m'asseoir à ses cotés. J'obéis puis il passa son bras autour de ma nuque et je posai délicatement ma tête sur son épaule. J'étais heureuse, mon inquiétude n'avait pas été fondée. Je restai silencieuse, espérant que monsieur Ephémère n'arrive pas trop vite, et je fermais les paupières pour profiter pleinement de cet instant de douceur. J'adorai lorsqu'il secouait ses cheveux tandis qu'il parlait car son odeur m'enivrait et me faisait sourire encore plus. J'aimais aussi quand ses doigts venaient me caresser la joue sans même qu'il ne s'en rende compte.
Mais toutes les choses ont une fin et il dût se retirer pour aller cuisiner.

Jeudi 11 octobre, seize heures neuf.


- Je vais faire du roller.

- Du roller ?! O.K mais fais attention, il a plu, m'averti-t-il.

Je claquai la porte et me rendis dans le garage. Je pris mes rollers dans un carton et m'assis pour les enfiler. Chose faite, je me relevai difficilement à l'aide du mur. Cela faisait plus d'un an que je n'avais pas patiné. La dernière fois, je m'étais cassé une dent et depuis, j'avais banni cette activité. Je traversai le chemin de galets en marchant avec les patins et je devais sûrement avoir l'air d'une débile. J'arrivai sur le goudron de la route et commençai à rouler à une vitesse modérée. Je décidai de faire le tour du pâté de maisons. Je trouvais que je me débrouillais assez bien.
Je me sentais libre, le vent soufflait doucement et décoiffait ma frange que je remettais sans cesse en place même si ce geste ne servait strictement à rien. Je passai devant les grandes maisons des jeunes de mon école. Je les voyais réunis, en train de sniffer des drogues dures et de fumer quelques joints par-ci, par-là. Des fils et des filles à papa en quête de sensations extrêmes pour jouer aux rebelles.
Puis je vis qu'une descente approchait. Je souris, pris de la rapidité pour sentir le plus possible d'adrénaline en moi. Je m'élançai et me laissai glisser sur le bitume humide. Je m'amusai à enchaîner des petits sauts et à retomber sur mes roues.
Et là, l'accident...



Coucou,
Désolée pour le retard,
J'ai été très longue à recopier ce chapitre sur l'ordinateur.
Mais j'espère qu'il vous plaît et que vous voulez la suite!
Bisous, Aya.

Chapitre 3   « Adrénaline »²« Les vengeances châtient, mais n'éliminent pas les fautes.» [ Miguel de Cervantès ]

# Posté le mercredi 28 janvier 2009 11:07

Modifié le mercredi 24 juin 2009 09:36

Chapitre 4 « Imprévu »² Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.» [ Euripide ]

Au moment où je ne m'y attendais le moins, je trébuchai dans des cailloux et je tombai sur le sol en exécutant des roulades sur les flancs.
Je restai allongée sur les graviers pendant quelques minutes, repérant les endroits de mon corps où la douleur était présente, c'est-à-dire les mains, les genoux, le dos et le ventre. Je pris mon courage à deux mains et me relevai. Je m'aperçus que mon slim et mon tee-shirt étaient ensanglantés à cause de mes égratignures. Je continuais ma route, non sans difficulté et je me réjouis lorsque je vis le portail de ma maison.
C'est alors que j'entendis des cris incompréhensibles venants de derrière moi. Je me retournai et vis des folles furieuses courir à toute allure. Il valait mieux que je reprenne de la vitesse si je ne voulais pas me faire piétiner. Je forçai sur mes jambes douloureuses pour accélérer. Les hurlements étaient de plus en plus proches mais heureusement, je pris enfin le virage et arrivai dans la cour. Les filles passèrent devant le portail et il me semblaient qu'elles se soient arrêtées en face de la maison des Kaulitz.
Je poussai la porte d'entrée, la refermai et me laissai glisser contre. Mon pouls était rapide et mon sang battait dans mes tempes. Je tournai ma lourde tête et aperçus Bill et Tom en train de jouer aux jeux vidéos. Ils se stoppèrent lorsqu'ils me virent assise par terre. Bill affichait un sourire moqueur tandis que Tom se précipitai vers moi.

- Appelle Thomas, s'il te plait, dis-je en un seul souffle.

- Il est au téléphone avec son patron et il nous a demandé de ne pas le déranger car ça semblait être important.

« Et moi, je ne suis pas importante ?! » J'avais vraiment besoin de son aide.

- Viens, je vais te soigner.

- Non, raillai-je.

- Je ne vois pas pourquoi tu t'emmerdes à vouloir la soigner.

Tom se retourna et fusilla son frère du regard.

- Je ne vais pas la laisser comme ça, elle saigne en plus ! O.K, elle ne nous aime pas mais calme-toi. Je fais ce que je veux.

C'était la première fois que je les voyais se disputer. Cela devait être rare car ils s'entendaient si bien...

- Tss...

Tom me retira mes rollers avec délicatesse et les posa contre le mur.

- Accroche-toi à mon cou.

Je mordis mon piercing, signe d'hésitation. Mais je n'avais pas vraiment le choix, je ne pouvais pas monter les escaliers toute seule dans un état pareil. Je passai alors mes bras autour de son cou. Il se leva et je suivis donc le mouvement. Il mit ses mains sous mes fesses pour me tenir comme il faut.

- Tu peux m'enrouler avec tes jambes ?

- Non, désolée, je ne peux pas les plier, ça fait mal.

- Pas grave, dit-il en haussant les épaules.

Il se dirigea vers les escaliers d'une démarche assurée. Il semblait contrôler la situation.

- Fais gaffe en grimpant.

- Et toi fais-moi confiance.

Pff, quel con ! Il savait très bien que je n'avais pas confiance en lui. Il serait capable de me lâcher au milieu des marches.
Et pourtant, il resta stable et il ne sembla pas se plaindre de mon poids ou de quoique ce soit. Il ouvrit la porte de ma chambre avec son coude et il me transporta dans la salle de bain. Il me déposa sur le rebord de la baignoire.

- Tu as mal où ?

- Au dos, aux mains, aux genoux et au ventre aussi, répondis-je.

Il prit de la pommade, du coton et du désinfectant dans mon armoire à pharmacie. Il saisit ma paume et nettoya mes égratignures avec du coton imbibé. Cela ma fit de petits picotement même si Tom s'y prenait bien.
Il remonta mon pantalon et je pus constater qu'il était troué et qu'un hématome s'était ajouté au sang. Il effectua la même opération que pour mes paumes.

- Au fait, comment tu as fait pour te blesser ?

- Je suis allée trop vite dans une descente, j'ai trébuché dans je ne sais trop quoi et je me suis
ramassée. Et pour corser le tout, des hystériques m'ont couru après.


Il m'étala de la crème et me massa doucement. Il semblait très concentré dans ses gestes et il évitait de trop appuyer sur mes bleus.

- Enlève ton tee-shirt.

« Quoi ?! Il a vu la vierge ? Non, je ne laisserai pas mon corps entre les mains de ce pervers »

- Non, dis-je sèchement.

- Je ne te toucherai pas, je te le promets.

J'hésitai pendant de longues secondes. Mes yeux étaient plongés dans les siens, essayant de décréter si il mentait ou non. Le regard ne trompait pas et, à ma plus grande surprise, Tom était sérieux.
Je retirai mon haut, très lentement pour ne pas m'abîmer encore plus que je ne l'étais déjà, et je le posai dans la baignoire.

- Tu peux te mettre debout ? me demanda-t-il.

- Euh... oui, je pense.

Je pris appui sur l'épaule de Tom et je me levai. Mes jambes étaient raides et ce mouvement fut tout de même douloureux. Tom commença par me soigner le dos. Ses gestes étaient aussi doux que la caresse d'une plume et je ne sentis aucune douleur.
Puis il se mit en face de moi et posa le coton imprégné sur ma peau écorchée. Je serrais les dents et fermais les yeux avec force. Ces blessures me faisaient mal, pourtant Tom appliquait toujours le produit avec une extrême douceur.
Il se remit à ma hauteur et ouvrit grand les yeux.

- Tu n'as pas mal à la tête ? s'enquit-il.

- Non, pourquoi ?

- Tu as une sacrée bosse sur le front !

Je fis parcourir mes doigts froids sur l'endroit indiqué et...

- Ouille !

Il rit en voyant ma tête et il me porta comme une princesse sans que je ne m'y attende. Il me reposa sur mon lit. Je n'étais même pas frustrée, cela m'avait plutôt amusé.

- Je vais chercher de la glace.

- Tu n'es pas obligé, Tom, murmurai-je calmement.

- Je ne vais pas te laisser crever quand même !

Et il sortit de la pièce. Comme si j'allais mourir d'une horrible bosse sur la tête ! N'importe quoi. N'empêche qu'il avait été très attentionné ce qui m'avait étonné. Y aurait-il un bon fond en Tom ? Je restais perplexe.
Il revint avec une poche de glace sur la tête et me la posa sur le front.

- Merci, dis-je sincèrement.

- De rien.

Le coin de ses lèvres s'étira et il s'assit sur mon lit.

- J'espère que Bill ne te fait pas la gueule à cause de moi.

- Non, il ne peut pas se passer de moi, de toute façon !

Malgré moi, je les enviais. Ce lien qui les unit est tellement solide. J'aimerai savoir ce que ça fait d'aimer quelqu'un aussi fortement, je voudrais y goûter. Avoir une moitié que l'on veut sans cesse protéger, rendre heureux. Je pense qu'aimer un amant n'est pas pareil que d'aimer un frère. L'amour fraternel est pour moi beaucoup plus éternel.

- Dis-moi, je peux voir les photos que tu as montrées à Bill ?

- Oui, elles sont dans mon placard, dans une boîte à chaussures, lui indiquais-je.

Il se leva et prit les images à l'endroit convenu. Il se rassit et les feuilleta avec un sourire que je ne connaissais pas. Il semblait ému de se revoir en plus jeune.

- Tes cheveux étaient... rougeoyants ! On avait quel âge à cette époque ? Quinze ans ?

- Oui, acquiesçai-je, et moi quatorze.

- Des fois, j'aimerai bien retourner dans ce temps. Ça me manque un peu, avoua-t-il.

Oui, moi aussi ça me manquait. Ce temps où quand je les voyais, mon c½ur cognait fort contre ma poitrine. Où leur musique me transportait au-delà de tout. Où leur sourire était vrai. Où ils n'avaient aucune prétention et où ils n'étaient pas sûr de leur succès. Ce temps où ils étaient ma drogue et où ils me poussaient à avancer, à vivre par des paroles envoûtantes. Cette période où Bill me plaisait...
Pourquoi avaient-ils changés ? Prit la grosse tête ?

- Tom ?

- Hum ?

- Désolée de te déranger mais... tu pourrais me rendre mon tee-shirt ?

J'étais certaine que mes joues rosissaient. Comment avais-je fait pour oublier que j'étais en soutien-gorge ? Peut-être parce que Tom ne m'avait pas reluqué intensément ?

- Oups, désolé, s'excusa-t-il, légèrement gêné, j'ai zappé.

Il se mit debout et alla chercher mon haut et, par la même occasion, il reposa la boîte à sa place. Je renfilai mon tee-shirt puis je proposai à Tom qu'on redescende. J'enlevai ma poche de glace et il m'aida à me mettre sur pieds.

- Ah oui..., me souvins-je, j'ai oublié de te dire que les folles qui m'ont pourchasser se sont arrêtées chez toi il me semble.

Il poussa un juron et me tira par la main. Je protestai en lui disant qu'il me faisait mal alors il s'excusa et ralentit, sans pour autant me lâcher. Je soupirai intérieurement en songeant que Tom pensait vraiment que j'avais quatre ans. Mais bon, je mettais ce geste sur le compte du réflexe ou de la précipitation.

Pendant notre descente, il resta patient face à me lenteur et accepta mon rythme en le suivant. A notre arrivée, Bill nous lança des regards noirs. Il avait les bras croisés sur le torse, assit sur le canapé.

- Arrête de faire la gueule à Tom, t'es pas beau quand tu boudes, lui lançai-je pour le détendre.

Il me fixa et je soutins son regard. Le sien projetait des éclairs tandis que le mien restait neutre. Tom se racla la gorge et nous nous retournâmes vers lui.

A ce moment, Thomas arriva et me serra dans ses bras. Je poussai un léger cri de douleur et il se recula.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'affola-t-il.

- Je suis tombée en rollers puis des folles furieuses m'ont couru après. Tom m'a soigné vu que tu n'étais pas disponible.

- Je suis désolé, dit-il en embrassant ma joue.

Je baissai une énième fois la tête en soupirant à cause de mes rougissements. Personne ne rit cette fois-ci, ce qui me réconforta car j'en avais assez que mes pommettes s'enflamment.

- On a un problème, Bill, reprit Tom, les hystériques dont parle Aya se sont arrêtées devant notre maison.

- Merde, des groupies, réagit-il, laissant disparaître sa ranc½ur.

- Vous pouvez rester ici si vous voulez, proposa Thomas.

- D'accord, merci Thomas.

Il aurait dû les laisser se faire piétiner par ces folles au lieu de les héberger. Mais bon, c'était ses amis après tout...

- De rien, c'est pour te remercier d'avoir soigné ma s½ur.

Ouais, c'est vrai qu'il le méritait... Je pense que je ne l'aurais pas fait pour lui. A moins qu'il avait été en train de mourir.

- Tu veux que je t'emmène en cours demain, Aya ?

- Oui, mais sois à l'heure.

- Je mettrais mon réveil si ça peut te rassurer.

- Merci, mais dis-moi, il te voulait quoi ton patron ?

- Il m'a dit que je commençai dans un mois et il m'a rappelé quelques points du contrat, me renseigna-t-il.

- O.K.

Je m'assis sur le canapé, le plus loin possible de Bill. Tom et Thomas se placèrent entre nous deux, puis les trois garçons commencèrent à parler de voiture, comparant ma Mercedes par rapport à la Porsche de Thomas et à la Cadillac de Tom. Je n'essayai pas de comprendre leurs termes, je pensai plutôt à beaucoup de choses, par exemple, dans quel endroit du monde se trouvaient mes parents. S'ils étaient proches de l'Allemagne ou à l'autre bout du monde. Puis pleins de sujets tellement futiles que je les oubliais à la seconde où ma voix interne les prononçait.

Vendredi 12 octobre, sept heures quarante-cinq.

Pensées de Thomas.

Cela faisait cinq minutes que nous venions de quitter la maison, et déjà, un silence pesant régnait dans l'habitacle de ma voiture. Je savais qu'Aya ne trouvait pas utile de la combler mais pour moi qui parlait beaucoup cela me stressait. Elle fixait la voiture de devant et semblait seulement entendre ses pensées, excluant le bruit du moteur et des voitures sur la voie opposée. J'aimerai tellement savoir à quoi elle songeait. Aya était une jeune femme très mystérieuse et qui savait cacher ses émotions. Mais parfois, elle explosait et laissait tout sortir. Habituellement, quand les gens faisaient cela, ils se sentaient mieux après, mais chez Aya, le contraire se produisait.
Dix minutes plus tard, nous arrivâmes à son école. Je sortis de l'habitacle, contournai la voiture et aidai Aya à descendre. Ses blessures la faisaient encore souffrir, elle avait d'ailleurs passé la nuit à prendre des anti-douleurs, si mon oreille avait été bonne. Elle me remercia, m'embrassa le bout du nez et partit en direction du portail.

Pensées d'Aya.

Quatorze heures trente, Gymnase. Cours de volley-ball.

Je regardai les gouttes d'eau s'écraser sur les immenses vitres du gymnase. Le temps était toujours aussi sombre que ce matin et cela me rendait les paupières lourdes. Madame Willem nous donnait les règles du jeu mais à vrai dire, ses paroles ne formaient qu'un bruit de fond, une sorte de bourdonnement sourd. Mes doigts tripotaient mes lacets et je fredonnais dans ma tête une mélodie inconnue. Puis un coup de sifflet strident me fit sursauter et je vis les élèves se lever et se diriger vers les caisses contenant les dossards. Je me mis debout avec la lenteur d'un escargot et pris un maillot rose, telle était la couleur de mon équipe. Je fis la moue en voyant cette teinte mais surtout à cause de l'odeur de transpiration. Je l'enfilai et, bien sûr, il était trois fois trop large.
Le match débuta et par chance la prof m'avait placé au fond. Mais bon, j'essayais toujours d'éviter les ballons qui arrivaient droit sur moi. Je n'avais aucune envie de jouer cet après-midi avec mes égratignures, tant pis si les autres m'en veulent pour n'avoir rien fait pour gagner.
Puis Madame Willem me fit passer devant après la mi-temps. Mon Dieu, je me demandais quelle mouche l'avait piqué. Je pris sur moi et décidai de faire un effort. Elle siffla le recommencement. Mon équipe fit le service, envoya la balle dans le camp adverse et un mec aux muscles saillants la renvoya dans ma direction. Je pliai les jambes pour prendre de l'impulsion et je m'élançai dans les airs. J'avais l'impression de voler, d'avoir des ailes. Je levai le bras et tapai de toutes mes forces dans le ballon qui atterrit sur le sol. Je redescendis très rapidement et mes genoux cognèrent par terre. Je poussai un cri et m'allongeai sur le flanc, repliant mes jambes pour les mettre contre mon corps. Je fermai les yeux et serrai les dents puis la prof accourut à mes côtés. Elle m'aida à me relever et m'accompagna jusqu'au banc de touche. Elle me fit avaler quelques billes homéopathiques et je ne sentis bientôt plus rien.

Quinze heures.

Je quittai enfin le gymnase et entamai le chemin qui le rejoignait à l'établissement principal. La pluie était toujours abondante et je m'en protégeais grâce à ma capuche. Les autres élèves de ma classe m'avaient devancé, ce qui semblait normal en voyant ma lenteur. Mes hématomes ne me faisaient pas trop mal mais ils m'empêchaient tout de même de marcher à une vitesse moyenne. Je distinguai au bout de l'allée le fameux portail que j'avais tant envie de dépasser... Puis tout s'enchaîna très vite.

Je fus brutalement plaquée contre le mur le plus proche et mon c½ur commença à s'enflammer. Des lèvres inconnues s'écrasèrent sur les miennes tandis que mes yeux grands ouverts essayaient d'apercevoir le visage de cette personne. Mais j'étais tellement près que je ne pus rien voir, à part que c'était un homme. Il colla son corps un peu plus à moi et réussit à passer sa langue dans ma bouche. Il retenait mes mains avec les siennes. Il s'attaqua à mon décolleté et le lécha. J'étais totalement pétrifiée et ne réagissais pas. « Bouge, Aya. Défends-toi . » Je me motivais moi-même et je repris un peu d'assurance. Je levai mon genou et l'envoyai dans les parties intimes de l'anonyme. Il lâcha alors mes poignets et je pus le repousser pendant quelques instants. Il se rapprocha malgré sa douleur mais cette fois-ci, mon poing partit sur sa joue. Je constatai que ma respiration était plus que saccadée et j'avais mis tellement de force dans mon coup que je ressentais moi-même un engourdissement. Je repris mes esprits et vis que l'homme que je ne connaissais pas saignait à l'endroit où je l'avais frappé. Ma bague était la cause de ce liquide rouge.

- Mademoiselle Aya Wieskötter ! Dans mon bureau ! Tout de suite !

Je tournai ma tête et aperçus le directeur. J'étais dans la merde. Il avait sûrement suivis la scène. Il prit son portable et appela les pompiers. C'était si grave que ça ?

Pensées de Tom.

Les groupies étaient enfin parties et je me retrouvais seul chez moi. Bill et Thomas avaient décidé de s'acheter des vêtements – comme s'ils n'en avaient pas assez –, un de leurs passe-temps favoris.
Ce jour-là, nous n'étions pas allés en cours et nous avions pris la décision de ne plus nous y rendre, peu importait l'avis de David. Pour nous, l'école rimait avec ennui, avertissements disciplinaires, prises de tête. Tout le contraire de la musique.
Je sentis mon portable vibrer, je le saisis et l'apportai à mon oreille après avoir décroché.

- Oui ?

- Salut, c'est Thomas. On est dans les embouteillages avec Bill et je ne serai sûrement pas à l'heure pour chercher Aya. Tu pourrais la récupérer ?

- Oui, acceptai-je, pas de problème.

- Tu seras peut-être en retard mais pas autant que nous. Elle termine à quinze heures, me renseigna-t-il. Merci, Tom.

- O.K, de rien.

Je raccrochai et pris immédiatement mes clefs. Je me rendis au garage, démarrai la voiture et sortis de la cour. J'entamai la route à toute allure et m'éclatai beaucoup. J'augmentai le volume du lecteur CD et bougeai la tête au rythme de cette musique. Je grillai plusieurs feux rouges, faisant gueuler les autres conducteurs, tout ça pour un peu d'adrénaline.

A quinze heures treize, j'arrivai enfin à mon ancienne école. Le parking était vide de monde et je m'arrêtai juste devant la grille. Aya n'était pas ici et cela me paraissait étrange. Je m'installai un peu plus confortablement, guettant son arrivée.

Sept minutes plus tard, je la vis. J'ouvris la fenêtre et l'interpella. Elle leva la tête et me reconnut puis elle regarda de nouveau par terre. Elle fit encore quelques pas, tira la portière puis entra dans la voiture.

- Désolée, je suis arrivé à la bourre, m'excusai-je.

- C'est pas grave, moi aussi.

Elle avait prononcé ces mots sans me regarder et avec une voix très faible et monotone. De plus, je ne m'attendais pas à cette réponse. Je pensais qu'elle allait me toiser, me parler sèchement ou ne pas me répondre du tout. J'étais surpris.

Je sortis du parking avec une allure plus lente qu'à l'aller. Aya ne parlait pas et semblait vouloir se cacher avec ses long cheveux. Je tournai légèrement le menton vers elle et vis sa posée sur sa cuisse. Elle était enflée. Bizarre. Je plissai les yeux et redirigeai mon regard en face du pare-brise. Aucun mot ne sortait de sa bouche et son silence était lourd. Je coupai le son du CD qui commençai à me taper sur le système. Aya regardait devant elle comme si la route était la chose la plus importante au monde. Non, je me trompais, elle ne la regardait. Elle s'en foutait d'ailleurs. J'aurais pu l'emmener n'importe où, elle ne s'en serait même pas rendu compte.

- Ça ne va pas ? m'inquiétai-je en tournant la tête en sa direction.

Elle releva son visage de quelques centimètres, observant toujours le chemin. Elle souffla doucement et le rideau formé par sa chevelure se dissipa.

- Non.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je.

Elle hésitait à me répondre. Bill avait raison, elle ne s'était sûrement jamais confié à quelqu'un, alors je me doutais qu'elle le fasse avec moi. Mais qui ne tente rien n'a rien, non ?

Je freinai, pris dans la file immense qui attendait que le feu passe au vert. Ce taux de circulation me permettra d'avoir plus de chance.

C'est alors que je vis une larme rouler sur sa peau. Je voulais savoir ce qu'il se passait, je n'en pouvais plus qu'elle me laisse languir comme ça. Son problème semblait grave pour qu'elle pleure.

- Je... je m'apprêtais à aller t'attendre près du portail. Je ne me doutais de rien, je n'avais rien entendu et... et il m'a poussé contre le mur. Je n'ai même pas eu le temps de crier, de réagir que sa langue était déjà dans ma bouche. Il me collait, me touchait sans gêne... Puis je lui ai donné un coup de pied où je pense mais il est revenu à l'attaque. Alors mon poing est parti dans sa gueule et ma bague lui a ouvert la joue. Et je ne sais même pas qui il était.

En effet, c'était grave. Elle aurait pu se faire... violer ! Je la comprenais à présent. Elle devait se sentir tellement mal, désorientée...

- Le principal m'a vue, reprit-elle, et je me suis fait exclure définitivement.

- ]Tu... tu n'es pas trop... choquée ?

- Non, je m'en remettrai. J'ai juste eu peur. Ça peut paraître étrange mais... je pense plus à mon diplôme... Je ne pourrais pas le passer.

Oui, étrange mais tant mieux pour elle. Heureusement qu'elle lui avait mis une droite... Je m'en serais voulu si elle n'avait pas su se défendre car, si j'était arrivé plus tôt, rien de cela n'aurait été vécu.

- Tu es obligée de l'avoir ce diplôme ?

- Non, mais disons qu'il m'ouvre plus de portes. Je crains vraiment la réaction de Thomas. Et de mes parents surtout, avoua-t-elle.

Thomas ne dira rien, je le sentais. Certes, il préfèrerait qu'elle continue ses études au lieu de ne rien faire. Mais il ne sera pas fâché.

- Tu veux que je lui en parle ? proposai-je.

- Non, mais je pense que votre présence le calmera.

- J'aurais au moins servi à quelque chose dans ta vie, plaisantai-je.

Elle rit un peu, mais pas trop car elle était tout de même tendue.

- Au fait, pourquoi Thomas n'est pas venu me chercher ?

- Il est allé faire du shopping avec Bill et il y avait des embouteillages.

- Hum... ça ne m'étonne pas trop de Thomas. Ni de Bill. Et toi, tu n'y es pas allé avec eux ?

Elle s'était retournée vers moi et j'avais pu voir son visage en entier. Elle semblait vouloir se détendre en parlant un peu. Ce n'était pas vraiment son genre.

- Non, je n'y suis pas aussi accro que Bill, répondis-je en souriant.

Je franchis le feu, tournai à gauche, sans pour autant reprendre de la vitesse. Aya s'était légèrement ouverte, au strict minimum, mais ça me convenait.

Après encore deux minutes à rouler, j'arrivai devant ma maison et la Porsche de Thomas était garée. J'avais vraiment dû conduire doucement... On descendit de la voiture et on gravit l'allée pour atteindre la porte. Je l'ouvris et nous restâmes dans l'entrée, histoire de se débarrasser de nos vestes. Aya ressemblait à un robot.

- Prête ? lui chuchotai-je à l'oreille.

Elle me regarda juste dans les yeux et se dirigea vers le canapé où étaient installés Bill et Thomas. Je restai légèrement derrière elle et dus la pousser discrètement lorsqu'elle se figea au milieu de la pièce. A cet instant, j'avais senti qu'elle aurait voulu s'enfuir à toutes jambes et ne pas être confrontée à son frère.
Elle s'assit d'un mouvement raide lorsque Thomas l'invita. Elle ouvrit légèrement la bouche mais aucun son n'en sortit. Thomas la regardait bizarrement mais il ne s'inquiéta pas plus.

- J'ai quelque chose à te dire, Thomas.

Son frère la fixa d'un air sérieux, essayant de lire en elle si ce qu'elle allait lui annoncer avait une grande importance ou non ?

- Je me suis fait virée.

Aya, la douceur incarnée. Franchement, elle aurait pu lui dire d'une autre façon... Evidemment, la réaction de Thomas ne se fit pas attendre...

- Comment ça ?! s'écria-t-il.

Ses sourcils se froncèrent et il se tint droit comme un i. Quant à Aya, son visage ne changea en rien, l'air toujours aussi grave.

- Un inconnu m'a bousculé volontairement, commença-t-elle, il m'a embrassé avec violence puis je me suis défendue en lui envoyant mon poing dans la figure. Ma bague lui a tranché la joue et le directeur a vu toute la scène...

A présent, Thomas retenait son souffle. Il n'appréciait guère la façon dont ce type avait touché sa s½ur. Je songeai soudainement à ce que moi je lui avais fait... Je l'avais embrassé, mais avec beaucoup plus de tendresse que ce monstre, mais aussi avec envie. Je n'avais rien à me reprocher car les circonstances étaient différentes : elle savait ce que j'allai commettre et ne s'en ait pas plainte parce qu'une idée courait dans sa tête. Je n'avais donc rien fait de mal.

Thomas passa sa main sur son visage puis dans sa chevelure. Geste qui voulait dire qu'il ne savait pas comment réagir ni quoi dire.

- Tu vas faire quoi pour ton diplôme ? Tu sais que c'est important.

- Oui, je sais. Mais je n'ai pas encore de solution.

Thomas alla s'asseoir à côté de sa s½ur et il lui caressa la joue. Il ne lui en voulait absolument pas. Je pense qu'il était même fier que sa petite s½ur ait su se défendre face au mec qui aurait pu la violer.

- J'en parlerai aux parents si tu veux, promit-il.

Pensées d'Aya.

Je fus enfin rassurée à la perspective que tout s'arrangeait. Je connaissait mon frère ; il saura comment parler à mes parents, contrairement à moi, il avait un don pour cela.
Ne voyant plus l'utilité de rester ici plus longtemps, je sortis de la maison des Kaulitz. Je foulais les cailloux, le regard observant mes pieds et écoutant leur bruit. Rien de très fascinant, j'en était consciente. Alors je relevai la tête et je remarquai – bien trop tard – que des flashs me mitraillaient. Les objectifs des journalistes étaient braqués sur moi et les cris de quelques filles m'étaient à présent audibles. Je me retournai d'un coup, échappant ainsi à leur curiosité et oubliant mes maux aux genoux. Je me précipitais sur la porte d'entrée et l'ouvris sans même frapper. Je courus à moitié jusqu'au salon. Les trois garçons me regardèrent avec des yeux énormes, puis Bill décrocha un sourire.

- Je t'ai manqué, c'est ça ?




Hallo!
Alors, comment c'était?
Je vous est peut-être un peu déçues sur l'accident.
Je ne voulais pas faire quelque chose de trop grave...
Bill n'est pas très présent dans ce chapitre, contrairement à Tom,
Mais au prochain je pense qu'il sera là.

Vous pensez qu'il va se passer quoi au chapitre suivant?
J'attends vos opinions!
Bisous, Aya.
Chapitre 4   « Imprévu »² Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence.» [ Euripide ]

# Posté le mercredi 04 février 2009 11:19

Modifié le samedi 01 août 2009 06:33